Transférer ses films à la fnac

Présentation

Quelques prestataires assurent le télécinéma sur disque dur ou dvd. Une solution considérée comme coûteuse mais dont le mérite est de tout simplifier pour l’utilisateur. Surtout si le vieux projecteur Super 8 accuse des signes de défaillance ou si le transfert « maison » a occasionné quelques mémorables crises de nerfs…

Par Thierry Philippon  –  septembre 1995

Magasins Images et magasins FOCIPlutôt surpris, les jeunes époux Duchemin. En rangeant le grenier, ils ont exhumé un stock de pellicules 8 mm de feu grand-père. Novices dans ce domaine, les Duchemin ignorent comment  manipuler le projecteur poussiéreux qui sommeille dans une armoire. Pourquoi se compliquer la vie ?

Autant adopter une solution « moderne », celle de visionner les images sur un téléviseur. A coup sûr, le couple confiera la précieuse pellicule à un spécialiste…

Autre profil. Depuis bientôt cinq ans, M. Martin dispose d’un projecteur en panne. Découragé par le coût d’une réparation, il opte lui aussi pour la solution de faire transférer ses films à la fnac par exemple. Procédure d’autant plus raisonnable qu’il n’a que quatre petites bobines de trois minutes à transférer. M. Durand, quant à lui, a bien tenté de transférer ses films par lui-même à l’aide de son caméscope et son projecteur. Il a essayé une projection frontale mais ne disposant pas d’un recul suffisant, il n’a pu éviter une parallaxe trop importante entre l’axe du projecteur et  celui du caméscope. Problème auquel est venu s’ajouter l’inconvénient d’un écran perlé à la granulation trop marquée. Déçu du résultat, M. Durand s’en est allé trouver un professionnel réputé.

Fnac
La FNAC travaille aujourd’hui avec le labo For-Ever qui propose uniquement de la numérisation en SD.

Comme l’illustrent ces trois profils (à peine) imaginaires, la démarche de s’adresser à un laboratoire spécialisé est bien de laisser à un professionnel le soin d’exécuter les basses besognes.

Pareille simplicité a son revers. Le principal — et unique — reproche qu’on peut avancer est le coût du transfert vidéo. Pour le format le plus demandé, le Super 8, comptez en moyenne entre 10 € et 15 € pour une bobine de 15 mètres. Dans les autres formats (8 mm, 9,5 mm et 16 mm), les prix sont beaucoup plus élastiques. Des écarts qui varient de 10 € à 19 € pour le 8 mm, le 9,5 mm et le 16 mm. Bien que la plupart des spécialistes pratiquent des tarifs dégressifs, le coefficient réducteur n’est pas très significatif. Des tarifs à géométrie variable suivant le nombre de bobines, l’existence de collures défectueuses sont facturés par certains prestataires ou d’éventuels suppléments (sonorisation, titrage). La valeur sentimentale d’un document familial justifie sans doute de menus sacrifices…

Si le nombre de pellicules à transférer est important, la prudence est d’exiger un devis ou une estimation. La politique de la Fnac, par exemple, est de ne prévoir de devis que si la demande émane du client. Mais face à celui qui débarque avec une trentaine de bobines sous le bras, le bon sens du vendeur est de proposer spontanément une estimation.

LocaImages
Loca Images‘, « Deux fois sur trois, les clients ne savent pas ce que contiennent leurs films ”. A l’heure où vous lisez ce lignes, Loca Images ne propose plus de matériel de télécinéma à la location.

Il faut préciser que les travaux importants de transfert ne sont pas rares. La durée moyenne des films s’établie entre 30 et 60 minutes. Mais beaucoup de prestataires côtoient en réalité deux profils de clientèle : celle aux besoins modestes dont la durée totale des bobines n’excède pas 30 minutes et à l’opposé, « des anciens superhuitistes qui transfèrent au minimum cinq bobines de 120 m. On gère aussi quelquefois des demandes supérieures à deux heures. » De ce point de vue, les statistiques des gros prestataires comme la Fnac, sont instructives : 60 % des commandes sont des films de 1 à 2 heures, 30 % inférieur à 1 heure, 10 % supérieur à 2 heures. Hormis la Fnac, certains indépendants ont parfois affaire à des demandes atypiques  comme ce client venu transférer toute son œuvre argentique (30 heures) ! Les quantités fournies n’influent guère sur les délais, tous les prestataires faisant preuve d’une assez grande rapidité :  trois jours pour les plus véloces, 1 mois au maximum, le délai moyen n’excède pas une dizaine de jours. Seule la période de Noël est délicate, la demande étant traditionnellement plus forte : « Passé le 15 décembre, il est très difficile pour nous de garantir au client que le transfert sera prêt pour Noël», nous a précisé un vendeur du rayon Fnac qui ajoute : « Même si on comprend parfaitement la motivation première, offrir un cadeau… » Seule solution, prévoir un délai suffisant, 1 mois de préférence.

Avec près de 63 % des foyers français équipés d’un lecteur de dvd, le « réflexe » de transférer ses anciens films argentiques touche une cible de plus en plus large. Sans compter certains « déçus de la vidéo » qui reviennent au Super 8. Il faut toutefois relativiser cet engouement. On observe depuis deux ans un certain plafonnement de la demande en raison d’un épuisement naturel du stock. Opinion que nuancent quelques prestataires qui estiment « qu’un potentiel encore important de films Super 8 ou 8 mm somnole dans des placards ou au fond d’un grenier ». D’autant que les spécialistes photo ne communiquent pas beaucoup sur cette « niche ». Un certain déficit d’information que reconnaît volontiers Marc Joubert, responsable du département photo des Fnac qui précise toutefois : « Une brochure est à la disposition de nos clients dans la plupart des Fnac Service. Nous diffusons également une cassette de démonstration qui tourne en boucle dans certaines Fnac parisiennes »

Cirque Photo
Cirque :  » Certaines personnes, qui viennent nous confier leurs bobines, n’ont ni boîtier ni caméscope ».

Faut-il préciser que la Fnac s’appuie sur l’importance de son réseau : près de 40 magasins « généralistes » et 103 boutiques Services disséminées à travers l’Hexagone. D’autres réseaux comme Foci (500 enseignes) peuvent également traiter les pellicules d’un client. Une concurrence que les « indépendants » ne jugent pas déloyale : « La plupart d’entre nous ont des tarifs très ajustés par rapport aux grands réseaux. Ensuite, le contact avec un prestataire local permet une demande sinon plus directe, en tout cas plus personnalisée ». Il est vrai qu’ici ou là, les indépendants offrent certains avantages : une remise éventuelle sur le tarif de base et parfois, la possibilité de visionner le résultat sur place. Seule ombre au tableau, notre enquête n’a évidemment pas pu faire toute la lumière sur les différences de résultats suivant le matériel utilisé par le laboratoire ni sur les compétences de celui qui opère le transfert.

Cette question n’est pas sans chatouiller la fibre technicienne de M. Boulot qui dès les années 78- 79, déclare avoir été l’un des premiers en France à développer le transfert de films pour le grand-public. Actuel prestataire technique des opérations de transferts et copies pour la Fnac, il a réalisé de multiples essais à l’aide de systèmes de transfert aussi divers que variés (images virtuelles, dépoli, etc.). A l’appui de son expérience, M. Boulot tient des propos sans ambages : « Beaucoup de prestataires se sont improvisés professionnels du transfert, visiblement attirés par cette nouvelle manne. Résultat, ils ont en partie cassé le marché. On oublie que le transfert, c’est d’abord du cinéma avant d’être de la vidéo. Mieux vaut utiliser un équipement top niveau. Et puis, le matériel ne fait pas tout : le « vrai » télécinéma est plus compliqué que certains ne pensent. Il faut avoir un œil colorimétrique. »

Réaliser plusieurs copies

L’un des avantages d’un transfert de films réside dans la possibilité de dupliquer plusieurs copies de l’original. Que ce soit un transfert sur dvd ou un transfert sur disque dur.

Deux solutions :

  • Soit plusieurs exemplaires sont réalisés par le prestataire que vous aurez retenu. La solution est, légèrement, plus couteuse puisque que c’est le prestataire qui réalise les copies.
  • Soit vous réalisez vous même les copies. Pour les transfert sur dvd il faut disposer d’un graveur de DVD. Pensez également à vérifier auprès du prestataire retenu que vous pouvez copier les dvd qu’il vous remettra.

On peut toutefois tempérer l’importance des considérations purement techniques. Sauf mauvaise surprise, la qualité d’un transfert dans un labo professionnel est généralement supérieure aux systèmes de boîtiers amateurs. Bien que certains prestataires avouent malgré tout « être parfois un peu déçus du résultat », ils sont catégoriques : « Le grand public tient compte davantage de la valeur du document, de sa charge émotionnelle que de paramètres colorimétriques ou de qualité de la résolution… Lors d’un transfert, on ne manipule pas de banales images de vacances ou de simples événements familiaux, mais du souvenir, des instants vécus datés dans le temps. Ici, une jeunesse perdue, un parent disparu. Là, le visage d’un ami d’enfance dont la mémoire, infidèle, a effacé les traits. Le point de vue technicien reste surtout l’apanage d’anciens passionnés de Super 8 ou de 9,5 mm qui souhaitent se rapprocher le plus possible de la qualité de leur document originel». D’où une réaction parfois épidermique vis-à-vis d’une intervention technique sur l’image : « On peut certes améliorer certains paramètres de l’image à l’aide de logiciels de retouche » nous confie un spécialiste du transfert, « mais le client est déçu du résultat, il ne reconnaît plus la texture originelle de ses images ! ». Si la demande de retouche reste exceptionnelle, la sonorisation d’un film muet est beaucoup plus fréquente. Selon les cas, cette opération est gratuite ou facturée. Les tarifs varient entre 1,50 € et 7 € la minute. Certains prestataires comme Hal Vidéo font une distinction entre le simple ajout musical, gratuit, et la véritable sonorisation qui implique une recherche d’illustration sonore. Dans pratiquement tous les cas, aucun synchronisme ne peut être demandé entre le film et la bande sonore. En revanche, il est possible d’ajouter un titrage, voire un générique défilant. Opération facturée aux environs de 1,5 € le titre. Enfin, de très rares prestataires offrent une possibilité intéressante : l’élimination des séquences manifestement indésirables. Ainsi, une main devant l’objectif sera systématiquement supprimée. En revanche, un flou sur un visage sera conservé, ce défaut pouvant avoir une réelle valeur affective.

Au final, quelles sont donc les motivations des adeptes du transfert ? Si les raisons les plus souvent invoquées demeurent la facilité du visionnage à l’aide d’un lecteur dvd, d’une clef usb ou la sauvegarde des originaux, les motivations empruntent aussi parfois des chemins de traverse : possibilité de dupliquer plusieurs films, ou plus prosaïquement, un cadeau d’anniversaire. Ainsi, le cas nous a été rapporté d’une cliente pas comme les autres : une petite fille, bobine sous le bras, venue réserver une sacrée surprise à son grand-père…