Le Leica R6, un appareil rétro ?

Leïca R6Présenté à la Photokina 1988, le Leica R6 a suscité d’emblée un très vif intérêt chez les professionnels et les amateurs avertis. Et pourtant, mise à part la mesure de l’exposition, qui fait évidemment appel à l’électronique, cet appareil est de nouveau entièrement mécanique, comme naguère les Leicaflex.

Qu’est-ce donc qui a incité la Leica GmbH à Solms à revenir en arrière de quelques années, et comment expliquer l’intérêt manifesté par tant de photographes chevronnés pour un appareil qui s’écarte si nettement de la tendance moderne ?

L’automatisme ne remplace pas le savoir

La plupart des reflex modernes offrent une multitude de fonctions automatiques et donnent à l’amateur peu averti l’impression qu’en toutes circonstances il obtiendra la meilleure image possible, à condition de choisir chaque fois le programme convenable. Cet amateur ne sait plus que le diaphragme permet soit d’augmenter la profondeur de champ quand on veut que l’image soit parfaitement nette du premier plan au plus éloigné, ou au contraire de la réduire quand il s’agit de « décoller » le sujet proprement dit du fond. Il ne sait pas non plus qu’il est possible d’obtenir une image nette d’un sujet se déplaçant même très rapidement avec une vitesse d’obturation relativement lente, cela simplement en suivant le sujet dans le viseur, le résultat étant une image qui restitue bien mieux l’impression de vitesse qu’une vue figée au 1/1000e de seconde.

Une bonne connaissance des notions fondamentales de la photographie reste nécessaire dès qu’on vise un peu plus haut que la production de masse, dès qu’on veut réaliser des images originales, des effets spéciaux, bref, dès qu’on veut donner libre cours à sa créativité. Avec certains reflex modernes, le savoir ne sert plus à grand chose ; avec d’autres, il peut encore être d’une relative utilité : encore faut-il que le photographe s’y retrouve dans les innombrables boutons, touches et autres signaux lumineux et ne soit pas obligé de consulter chaque fois un épais mode d’emploi. Le Leica R5, avec ses divers automatismes, est certainement l’un des moins compliqués parmi les reflex automatiques actuels. Il semblait même que tout y était réduit à l’essentiel : priorité à l’ouverture, priorité à la vitesse d’obturation, automatisme programmé variable et réglage manuel, et qu’il faisait une large part à l’initiative du photographe. Et pourtant plus d’un parmi ceux qui travaillent actuellement avec ce bel instrument a salué avec joie la sortie du R6.

Un maximum de simplicité d’emploi

Extérieurement, le R6 se distingue du R5 par quelques détails infimes ; les dimensions et le poids sont pratiquement les mêmes. Comme les modèles précédents, le R6 offre le choix entre la mesure intégrale et la mesure sélective de l’exposition. Le sélecteur de mode se trouve toujours sous le barillet des vitesses d’obturation. La mesure intégrale est symbolisée par un rectangle, la mesure sélective par un petit cercle ; ces symboles sont affichés sous l’image de visée, en fonction de la position du sélecteur. Celui-ci peut être aussi réglé sur une position «OFF» : le courant d’alimentation du système de mesure est alors coupé, ce qui permet d’éviter une usure prématurée accidentelle des piles. La partie électronique de l’appareil sert encore à la mesure TTL au flash et au déclenchement à retardement. Pour le reste, l’appareil fonctionne mécaniquement, donc sans piles, à toutes les vitesses d’obturation, aussi bien par temps très froid que par temps très chaud. Le rendement des piles, on le sait, est moins bon aux basses températures.

Pour illustrer la simplicité d’emploi de cet appareil, prenons un exemple pratique. Voulant photographier un joueur de tennis, le photographe est obligé de travailler avec une grande vitesse d’obturation ; il réglera sur 1/500e de seconde par exemple. En visant le sujet, il ouvrira ou fermera le diaphragme de l’objectif selon les indications de la balance lumineuse (une diode circulaire entre deux diodes triangulaires opposées par leur sommet) ; quand seule la diode circulaire est allumée, l’exposition sera en principe correcte. En principe seulement, car dans l’exemple choisi il faut tenir compte du fait que le joueur de tennis, tout de blanc vêtu, se détache sur un fond sombre ; il risque d’être surexposé, surtout si l’on a procédé à une mesure intégrale du sujet. Il faut donc corriger l’exposition, soit en fermant le diaphragme d’une valeur, soit en passant au 1/1000e seconde ; cette correction peut se faire instantanément, puisque aussi bien l’ouverture du diaphragme que la vitesse d’obturation sont affichées sous l’image de visée. Tout cela se fait en un clin d’œil, sans qu’il soit nécessaire de chercher et d’actionner une quantité de boutons ou de manette. On n’a recours au correcteur d’exposition que si l’on doit prendre toute une série de vues nécessitant une correction. Si l’on doit opérer dans de mauvaises conditions de lumière, il est possible d’éclairer les données affichées dans le viseur. Le courant nécessaire est fourni par deux piles à l’oxyde d’argent ou par une pile au lithium. Quelle que soit la source d’alimentation choisie, elle suffit pour l’exposition d’environ 70 films de 36 vues.

La sensibilité du posemètre est réglable de ISO 12/12° C à ISO 3200/36° C. Étant donné la rapidité des nouveaux films Kodak T-Max, on souhaiterait que la sensibilité maximum soit d’au moins ISO 6400/39° C. Entièrement automatique, l’obturateur donne les vitesses de 1 à 1/1000° seconde, ainsi que la demi-pose B et X(= 1/100e s.) pour le flash.

Autres particularités

Le Leica R6 se distingue encore du R5 par le fait que son miroir peut être relevé manuellement avant la prise de vue. Cette possibilité souvent réclamée par les professionnels a son importance dès qu’on doit travailler à des vitesses d’obturation plus longues que 1/60° seconde, en particulier lors de prises de vues rapprochées, pour les travaux de reproduction ou lorsqu’on utilise des objectifs de longues focales : malgré toutes les précautions prises pour amortir le choc du miroir remontant il peut provoquer une vibration de l’appareil, vibration qui est gênante dans les cas mentionnés ci-dessus. Si le miroir est relevé avant la prise de vue, cet inconvénient disparaît évidemment. Quand le miroir est relevé manuellement, le diaphragme de l’objectif se ferme automatiquement à l’ouverture de travail. On constate une fois de plus que le R6 a été conçu pour répondre aux besoins des professionnels.

Le dos de l’appareil comporte maintenant à son extrémité droite une protubérance sur laquelle vient s’appuyer la paume de la main. Esthétiquement, elle ne sera peut-être pas du goût de tout le monde, mais il faut reconnaître qu’elle assure une meilleure tenue en main de l’appareil, surtout quand celui ci est équipé d’un téléobjectif lourd ou d’un moteur.

Ce qui n’a pas changé

Comme le Leica R5, ce nouveau modèle possède une touche de contrôle de la profondeur de champ, un oculaire avec correction de dioptries et une griffe porte-accessoires pour adaptateur de flash SCA 351 ou 551. Il peut utiliser tous les objectifs interchangeables (plus de 30) et tous les accessoires du système Leica ; il peut, en particulier, recevoir un dos dateur ou être équipé de l’un des deux moteurs. Motor-Drive R ou Motor-Winder R. Comme les autres Leica R, le R6 est d’une construction particulièrement robuste et soignée. Son mécanisme est une merveille de précision et de fiabilité, ce qui, malheureusement, se traduit par un coût élevé.

En Bref

Le Leica R6 est peut-être un appareil rétro, à l’ère de l’électronique. Mais pour ceux qui savent ce qu’est la photographie et qui veulent en exploiter toutes les possibilités, c’est sans doute l’outil de travail rêvé. Il va sans dire que ceux qui se sentent plus sécurisés avec un appareil automatique pourront toujours opter pour le Leica R5, qui continue à être fabriqué.

http://www.summilux.net/materiel/Leica-R6