Nikon FM

Nikon FM

Six mois déjà. Déjà six mois que j’ai le Nikon FM entre les mains. Six mois que je le manipule, que je shoote dans toutes les directions, que je lui fais subir tous les outrages et toutes les vexations et qu’il survit à tout cela. Qu’il survit très bien d’ailleurs, tout beau, tout neuf comme au premier jour. Même la pluie ne l’a pas fait souffrir (je n’ai tout de même pas insisté !).

Vous n’allez pas y échapper, je vais vous le décrire une fois encore avec peut-être quelques appréciations – généralement élogieuses – sur la plupart des détails. C’est un 24 x 36 réflex, vous le saviez déjà n’est-ce pas, plus compact que les Nikon habituels mais plus gros que les Olympus, Pentax ME ou MX, etc. Finalement, il est de dimension idéale, tout au moins pour moi. Il se tient bien en main, les commandes sont accessibles et le levier d’armement à un dégagement suffisant (en début de course) pour que ceux qui visent de l’œil gauche puissent réarmer sans se crever l’œil droit. Il faut simplement pour cela que l’on désaxe un peu la tête par rapport à l’appareil et que l’on appuie le boîtier franchement sur la pommette et non pas sur le nez. La fin de course du levier est assez réduite ce qui permet d’armer en une seule action. Il n’est d’ailleurs pas possible de faire autrement.

Mettons l’œil dans le viseur et, coinçons-le bien. Qu’est ce  qu’on y voit. Heureusement, on y voit d’abord le sujet visé – c’est la moindre des choses – sous réserve que l’on ait enlevé le bouchon qui couvrait l’objectif. Ça y est ? C’est fait ? OK, continuons. Tout autour du cadre de visée, c’est tout noir. Sur la gauche pourtant, on voit apparaître en transparence l’indication de la vitesse d’obturation, dans le haut, celle du diaphragme choisi, enfin sur la droite, un plus, un zéro et un moins – de haut en bas – avec, si l’on prend soin d’extraire le levier d’armement de sa position de repos pour le mettre en début de course, une ou deux petites lumières rouges en face de l’un (ou de deux) des symboles. La lumière rouge en face de la position zéro correspond évidemment à l’exposition correcte. Mais attendez un peu, nous reverrons ça avec la cellule et son fonctionnement. Passons plutôt au dépoli.

Oh ! quelle belle image !

Première chose à dire : il est superbe, il est rare de rencontrer une visée aussi claire sur un appareil réflex, surtout quand on sait que l’objectif standard ouvre à f/2. En son centre, se trouve un anneau de microprismes et un stigmomètre. Vous savez comment ça marche. Les uns préfèrent l’un, les autres l’autre – chacun ses goûts ! – Mais comme il y a les deux, tout le monde y trouve son compte. Et puis, selon le type d’objectif monté sur le boîtier, selon l’ouverture maximale, stigmomètre ou microprismes pourront mieux convenir. A partir de f/4 par exemple, l’une des plages du stigmomètre commence à s’obscurcir, sauf si l’œil est parfaitement bien centré, ce qui est rarement le cas. Les microprismes restent donc seuls utilisables, bien que très assombris eux aussi. Il est encore préférable de se servir du dépoli fin.

La visée s’effectue évidemment à pleine ouverture et cela a déjà été dit, le couplage photométrique s’effectue à l’aide d’une bague et d’un levier interne avec les objectifs AI. Pour les anciens, débrouillez-vous et reportez-vous aux brochures Nikon.

La cellule

Vue du dessus Nikon FM

Le posemètre plutôt puisque le terme cellule paraît être réservé aux éléments sensibles, au GaAsP ici – est du type à mesure intégrale très pondérée au centre – c’est dans le viseur que l’on ajustera l’exposition en tournant la bague des diaphragmes ou en jouant sur le sélecteur de vitesses.

Venons donc aux diodes et au principe de la mesure. Lorsque la diode supérieure est allumée, pas de problème, vous risquez d’être surexposé d’un diaphragme au moins, sinon plus ; à éviter ! lorsque la diode centrale et la diode supérieure sont allumées simultanément, la surexposition oscille entre 1/5 et 1 diaphragme, sans que l’on puisse très bien savoir où elle se situe. A utiliser seulement en cas d’urgence et ne faites pas ce que j’ai essayé de faire au début où j’utilisais le FM, ne cherchez pas à essayer de corriger l’exposition en jouant avec ça, c’est trop imprécis. Si c’est indispensable, jouez plutôt sur le sélecteur de sensibilité du film que vous pourrez faire varier (la sensibilité, pas le film ni le sélecteur) de 1/3 de diaphragme en 1/3 de diaphragme et de ne vous occuper alors que de la diode centrale, celle qui est censée – et qui le fait très bien – indiquer l’exposition correcte. Vers le bas, tout est symétrique mais du côté de la sous-exposition.

Une autre solution consiste à faire une mesure normale de l ‘exposition (diode centrale) et à modifier ensuite le diaphragme. C’est facile, sa valeur est rappelée dans le viseur et, bien qu’il ne soit cranté qu’en valeurs entières, rien ne vous empêche de vous placer entre deux positions. C’est un peu imprécis dans la mesure où les crans, de diaphragme en diaphragme sont assez rapprochés. Le système de mesure est alimenté par deux piles à l’oxyde d’argent type Ucar 76. Il est mis en service par le dégagement du levier d’armement de sa position de repos, replié sur le boîtier, à la position de pré-fonctionnement. Petit – ou gros – inconvénient : oubliez seulement de le remettre en position de repos, le soir avant de coucher votre boîtier bien au chaud et le lendemain matin, vos piles seront mortes. C’est fou ce que consomme une diode minuscule quand elle reste allumée. Cela est encore plus courant quand on utilise le moteur. Dans ce cas-là, la mise sous tension du moteur par le sélecteur « on-off » met aussi la cellule en service sans qu’il soit besoin d’agir sur le levier d’armement. Résultat, vous fermez bien soigneusement votre interrupteur, glissez l’appareil dans le sac qui doit le recevoir et vous partez tranquillement, l’esprit au repos. Manque de chance, si vous rangez votre boîtier motorisé en le tenant par la poignée, il arrivera à un moment ou à un autre, que le sélecteur «on-off» soit accroché par quelque chose – un vieil objectif qui traîne au fond de votre sac par exemple – et qu’il se remette sournoisement sur « on ». D’où, au matin, une surprise qui rendra votre réveil encore plus pénible que d’habitude : plus de piles de cellule. Mortes ; vidées totalement de la moindre petite étincelle de vie. Ça m’est arrivé tellement de fois avec le moteur que je renonce à les compter. Une seule condition – celle que j’adopte maintenant, quand je n’oublie pas – ranger l’appareil poignée en bas. Une autre solution serait que Monsieur Nikon inverse le sens de l’interrupteur de telle sorte qu’il reste bien coincé en position« off ». C’est pas une bonne idée, ça ? Question résultats, l’exposition a été tout ce qu’il y a de plus correcte à partir du moment où j’ai renoncé à la corriger en allumant les deux diodes du bas pour sous-exposer légèrement le Kodachrome et où j’ai décidé à la place, de modifier légèrement la sensibilité affichée. Je m’en suis alors tenu à la diode centrale et c’était beaucoup mieux comme ça.

Le rideau n’est pas un rideau mais un obturateur vertical, à lamelles métalliques. Il a été testé et donne des vitesses suffisamment précises du 1/1000 s à 1 s. Rien d’extraordinaire donc dans la gamme accessible, le nécessaire y est, mais certains appareils modernes nous avaient habitué au superflu. Il est vrai que ces derniers sont des numériques. Le choix de la mécanique pour le FM est sans doute dû à la volonté de la marque de faire de ce boîtier une bête robuste et fiable. Ce qui se ressent d’ailleurs à la prise en main et à l’usage : l’appareil est relativement lourd pour sa taille, donne l’impression d’une bonne mécanique et paraît increvable. Ce qu’il est sans doute, n’est-ce pas Monsieur Nikon ? Pas la moindre petite panne, pas le moindre petit ennui mécanique. Cette volonté de professionnalisme se remarque aussi au travers de la gamme d’objectifs et d’accessoires adaptables : on y trouve presque tout ce dont on peut avoir besoin quelle que soit l’action photographique que l’on décide d’entreprendre. Cela va de l’intervallomètre aux télécommandes diverses qui s’adaptent sur le moteur, seuls manquent les verres de visée pour usages spéciaux (télescope, microscope, mais on peut se débrouiller sans), les viseurs spéciaux puisque le prisme est fixe et l’automatisme de l’exposition. Si vous avez besoin de tout cela, choisissez donc le Nikon F2. Si vous n’en éprouvez pas l’utilité, contentez-vous du FM, moins cher et tout aussi performant en usage général et certains usages particuliers.

Le moteur

En anglais, il s’appelle « auto winder » ; en français, il a pour nom moteur MD 11. C’est la version française qui est la bonne ; il s’agit d’un véritable moteur, agissant en temps réel, c’est-à-dire réarmant aussitôt après l’exposition quelle que soit la vitesse d’obturation choisie sans qu’il soit besoin de sélectionner une cadence particulière de prise de vues.

Deux positions de fonctionnement : la position S, «Single» ou vue par vue : l’obturateur est réarmé lorsque l’on relâche la pression sur le déclencheur électromagnétique de la poignée du moteur ; et la position « C », prise de vues en continu, où l’obturateur est réarmé à la fin de chaque exposition : la prise de vues s’effectue tant que le doigt continue à enfoncer le déclencheur. La cadence de prise de vues qui peut atteindre trois images et demi à la seconde est alors fonction de la vitesse d’obturation : avec une vitesse affichée de 1/2 s, la cadence sera un peu inférieure à 2 im/s ; à partir du 1/125 s (vitesse maximale de synchronisation du flash électronique), elle atteindra les trois images et demi. Au bas de la poignée du moteur se trouve une petite prise à trois broches protégée par un bouchon de plastique. C’est sur cette prise que viendront s’adapter les différents accessoires de télécommande (électrique, optique, radio … ).

Le moteur MD 11 s’adapte extrêmement facilement sous l’appareil, un grand bravo pour cela : vous le placez simplement sous le boîtier et en le tenant entre la paume de la main et le pouce et l’index, vous agissez avec ces deux doigts sur une double molette, l’une à l’avant de la base du moteur, l’autre à l’arrière et vous vissez. Ce dispositif est l’un des plus simples qui soit ; le temps est fini où il fallait se battre avec l’animal pour essayer de faire tenir le moteur en place. Une fois le moteur en position, il faut faire tourner d’un quart de tour la couronne qui entoure le déclencheur du boîtier, pour l’amener sur la position rouge (position moteur) ; cela bloque en même temps le déclencheur boîtier, seul reste utilisable le déclencheur électromagnétique du moteur. Si vous vouliez revenir à un déclenchement, armement manuel sans enlever la base moteur – si les piles moteur sont épuisées par exemple et que le Franprix le plus proche est à des kilomètres, rien de plus simple, replacez la couronne sur la position noire, déclenchez et armez avec le levier d’armement normal.

Le reste en vrac

Le boîtier est équipé d’un retardateur réglable de 8 à 15 secondes approximativement ; d’un testeur de profondeur de champ utile en macro ou avec une longue focale, bien que la profondeur de champ qui apparaît sur le dépoli – et cela quel que soit l’appareil – ne soit jamais qu’une simple indication puisque l’œil interprète ; et d’un dos amovible ce qui laisse présager l’apparition d’accessoires comme un dos enregistreur de données ou un dos grande capacité. Enfin les surimpressions sont possibles, et facilement.

Pour ou contre ?

Six mois d’utilisation sont largement suffisants pour se faire une idée de cet appareil que j’ai trimballé un peu partout, sans en prendre un bien grand soin mais en le préservant, tout de même un petit peu. Je n’ai eu que trois ennuis. Le premier est lié au mode de sélection « fonctionnement moteur – fonctionnement normal ». Si la couronne est mal placée, que l’on appuie sur le déclencheur sur lequel il ne faut pas, ça se bloque mais se débloque facilement en jouant sur la petite couronne. Autre ennui, la correction d’exposition assez imprécise si l’on s’en tient-aux diodes. Enfin, déjà citée, l’usure très rapide des piles de la cellule si l’on oublie de couper le circuit.

Tout le reste est OK et même franchement mieux ! qu’il s’agisse de la visée (superbe), de la prise en main, de la robustesse (à toute épreuve si l’on évite la chute du douzième étage ou le rouleau compresseur) des astuces diverses comme la prise synchro-flash normalisée (pour tous cordons standard) munie d’un pas de vis (pour cordons spéciaux Nikon), la prise synchro ne s’en va plus à la moindre traction sur le fil. A quoi il faut ajouter les possibilités immenses qu’offre ce boîtier en raison de sa gamme d’accessoires. A conseiller farouchement à tous ceux qui veulent un boîtier qui fera l’usage et ouvre la porte à un système.

Nikon FM