Prévoir le montage au tournage

Beaucoup de réalisateurs pensent encore que les aléas d’un tournage se règleront au montage. Les miracles n’existant pas (ou peu) dans un processus de travail, rappelons quelques règles avant de passer sur la table de montage.

Le montage d’un film en numérique doit se penser en amont d’un tournage. Une fois que vous aurez défini votre projet en répondant à certaines questions : « Quel genre de film vais-je tourner. Pour quel public ? Quels sont mes moyens de diffusion ? », il est important d’établir un synopsis. Ce dernier est un outil de travail qui vous permet de construire en trois axes les bases de votre histoire : l’exposition d’une situation, le développement et le dénouement.

La transmission d’une émotion ou d’une information

Que votre projet soit un reportage, un clip ou un film numérique institutionnel, nous vous conseillons dans un premier temps de conserver cette structure narrative, car elle servira non seulement de fil conducteur à votre réalisation, mais en plus elle permettra de créer des nœuds narratifs propres à susciter une émotion particulière chez votre spectateur. La réalisation audiovisuelle doit passer par la transmission d’une émotion ou d’une information.

Votre devoir est donc de fournir assez d’éléments visuels et contextuels à votre public pour contenter son appétence. Dans le cadre de réalisations plus structurées comme un film institutionnel ou un court-métrage, il apparaît judicieux de rédiger un scénario, voire un découpage. Ce dernier anticipe le travail à venir tant au niveau du tournage (puisqu’il donne des indications sur ce qu’il y a à filmer et les mouvements de caméra) qu’à celui du montage puisqu’il met en scène visuellement votre histoire.

Néanmoins, si vous réalisez un « simple » film de famille  ou que vous êtes amené à filmer un évènement d’actualité, il sera difficile de prévoir votre découpage. Gardez donc à l’esprit que pour rendre dynamique votre captation, vous devrez mettre en œuvre quelques ressorts filmiques au moment du tournage.

Variez les points de vue et les plans

Tout d’abord, variez les points de vue et les plans : bougez autour de votre sujet, utilisez différentes longueurs de focales et jouez avec les valeurs de plan.

Pensez également à bouger votre caméra. Non seulement la captation vidéo permet d’enregistrer le mouvement des personnages, mais aussi ceux de la caméra. Réaliser un panoramique sur un paysage permet de promener les yeux du spectateur, le travelling est un intéressant moyen de créer de la tension, effectuer un zooming avant offre d’enfermer un sujet et oser filmer en caméra portée dynamise fortement une scène d’action.

La création du rythme passe par la gestion du mouvement à la fois avec la caméra et devant celle-ci. Ne cherchez pas à trop en faire, mais n’ennuyez pas votre spectateur à force de plans trop statiques.

La règle des 180° et des 30°

Enfin, respectez la règle des 180° et des 30°. La règle des 180° implique que la ou les caméras doivent se trouver d’un seul côté d’une ligne imaginaire tracée entre un personnage en mouvement, ou la direction de son regard, et sa sortie de cadre : toutes les caméras ne doivent se trouver que d’un seul coté de cette ligne. Dans le cas inverse, on aura l’impression que le personnage se déplace ou regarde dans le sens opposé, ce qui créera une incohérence visuelle au montage. Quant à la règle des 30°, elle permet simplement de comprendre que pour dynamiser un montage, il n’est possible de raccorder des plans que si les angles de caméra sont au moins décalés de 30° par rapport au sujet.

Les valeurs de plan

Penser à votre montage avant le tournage vous permettra d’envisager non seulement les axes de prises de vue, mais aussi ce que vous choisirez ou non de montrer à l’image. C’est le choix du cadre. Lorsque vous sélectionnez un cadre, vous choisissez la valeur du plan. Celle-ci correspond à la taille qu’occupe le sujet principal au sien de l’image. Chacune de ces valeurs provoque un effet différent sur les spectateurs.

  • Le plan d’ensemble cadre un ou plusieurs personnages avec l’environnement.
  • Le plan moyen cadre un ou plusieurs personnages des pieds à la tête.
  • Le plan américain cadre le personnage à la mi-cuisse, il marque l’action des bras (comme dans les westerns, d’où l’expression).
  • Le plan rapproché (ou épaules) cadre les personnages à partir de la ceinture, il isole le sujet.
  • Le gros plan cadre la tête du personnage et sert à mettre le visage en valeur.
  • Le très gros plan, ou insert, cadre un détail et sert à le mettre en valeur. Il peut marquer une émotion intense ou un plan de coupe sur un objet.

Au montage, vous éviterez de placer deux plans de même valeur à la suite ou vous l’intercalerez avec un angle ou un mouvement de caméra différent.

La composition

Les règles de composition permettent de donner à votre image une lecture harmonieuse. Le placement d’un sujet sur une photo peut obéir à la règle du nombre d’or. Ce nombre d’or, ou ratio de Fibonnaci, a été énoncé afin d’établir une division inégale et dissymétrique des espaces qui paraitrait agréable et esthétique pour l’œil humain. La règle dit que le rapport entre la plus petite et la plus grande partie de l’image doit être équivalente au rapport entre la plus grande partie et le tout.

Partant de là, on a établi des lignes imaginaires qui découpent l’image en trois parties horizontales et verticales égales. Ces lignes sont appelées ligne de force : il en ressort la règle des tiers qui doit être utilisée pour votre cadrage. Veillez à positionner les éléments de plus ou moindre importance sur les différents points d’intersection.

Quelques conseils supplémentaires

Approchez-vous de votre sujet ! Dans le cadre d’un reportage, vous devez créer une notion d’intimité avec votre sujet. On ne doit pas, en tant que spectateur, avoir l’impression que vous avez réalisé des images à la volée, sauf pour le cas d’un projet particulier. Rapprochez-vous et créez un lien avec votre sujet. Utilisez des grandes ouvertures pour vos portraits afin d’isoler votre sujet principal de son arrière plan. Faites varier les zones de mises au point (rack-focus, champ/contrechamp pour raccord dynamique). Utilisez un trépied ou un monopode, car même si certains logiciels de stabilisation sont efficaces, ils ne remplacent jamais un bon trépied. Utilisez une tête fluide.