Transférer ses films en numérique

Comment transférer ses films en numérique ? C’est le type même du sujet régulièrement reporté dans l’attente d’appareils inédits aussi accessibles qu’efficaces. Hélàs, rien de nouveau à l’horizon, et aucune chance de voir apparaître le dispositif miracle de sitôt. Si une opération aussi minutieuse ne vous effraie pas, voici les recettes pour réaliser vos transferts. Les plus exigeants, décidés à recourir aux services d’un labo avec un télécinéma, trouveront toutes les pistes dans la seconde partie de ce dossier.

Par Danielle Molson – septembre 1995

Transfert le faire soi-même l’enfer ?

transferer-films-video1Des chuchotements ouatés par la pénombre, un public attentif massé à une distance respectable de l’écran magique… Ah le cérémonial des projections ! Voilà quelques jours, Jean-Pierre a dépoussiéré son vieux projecteur Super 8, prévoyant l’arrivée de sa petite tribu avec le retour de la belle saison. Surprise, le traître ne fonctionne plus. « Qu’à cela ne tienne allons en louer un chez Ciné Vidéo ! ». Mais le vendeur regrette : « Désolé, on ne loue plus ce genre d’article ». Même son de cloche chez les concurrents. Le dernier consulté prend cependant la peine d’expliquer : « Vous trouvez dans le commerce des projecteurs à partir de 300 €  et la moindre réparation s’élève à 300 €; faites le calcul ! ».

Finalement, Jean-Pierre empruntera l’objet convoité à son club vidéo. Sauvé ! La soirée s’annonce délectable, notre homme se réjouit déjà de montrer à son gendre l’adorable frimousse de son épouse dans sa dixième année (exactement la petite Élodie) et de lui donner au passage une petite leçon de cadrage (comment le sauvage peut-il massacrer ainsi ses prises de vues d’Élodie ?).

Les choses commencent mal, les couleurs d’origine sont délavées et de splendides rayures viennent zébrer les ciels bretons, à moins qu’un cheveu ne se tortille derrière l’objectif ? Et voilà qu’Élodie traque vainement les gros plans de sa maman « quand elle était petite », marchandant des arrêts sur image avec Jean-Pierre, qui souffre pour sa pellicule, que ces trop longues pauses détériorent. Pendant ce temps, le père d’Élodie baille devant l’interminable communion de la cousine Amélie qu’il ne connaît ni d’Eve ni d’Adam. « Vous êtes sûr qu’on ne peut pas accélérer ? ». Heureusement, l’animal a finalement le bon goût de prier qu’on lui confie une copie des précieux documents argentiques.

Dès le lendemain Jean-Pierre s’occupe de l’affaire. Il préférerait, pour des raisons de qualité, offrir une réplique Super 8, mais on lui apprend que l’opération, au demeurant fort coûteuse (200 € les 10 minutes), n’est plus guère pratiquée en France, ni même en Suisse. Kodak ayant fermé en région parisienne et plus récemment celui de Lausanne. Reste la solution vidéo.

Toujours d’actualité, la question des transferts de films super 8 constitue le sujet d’une missive sur vingt adressée à la rédaction de Caméra Vidéo, soit au final un joli sac postal vu l’importance du courrier quotidien. Les plus exigeants auront tout intérêt à confier l’opération à un professionnel du transfert. Solution qu’explore Thierry Philippon dans le second volet de ce dossier. Mais devant la masse d’archives à dupliquer, nombreux sont les amateurs à préférer se « débrouiller » par eux-mêmes. Les lecteurs à s’y être risqués parviennent à des conclusions très contraires. Certains se montrent plutôt satisfaits, tandis que d’autres ne trouvent pas de mots assez forts pour crier leur frustration. De fait la perte est inévitable : image moins piquée, couleurs pâlottes. Cela dit, la déception sera plus ou moins vive, suivant les précautions déployées et le type de système retenu.

Le scintillement

Premier ennemi, le scintillement, autrement dit une espèce de vibration éblouissante affectant l’image enregistrée. Ce défaut découle d’un phénomène simple : un film cinéma est projeté à 24 images/seconde, voire 18 pour du 8mm ou du Super 8, alors qu’un caméscope enregistre 25 images (50 trames) seconde. Par conséquent, le caméscope filmera les images projetées, mais aussi les noirs correspondant aux intervalles pendant lesquels l’obturateur masque la vue. Pour limiter, voire éliminer ce phénomène,  il faut disposer d’un projecteur capable de faire varier les vitesses de  défilement du film à plus ou moins 2 images. En clair, de passer 25 au lieu de 24 images par seconde ou 16,66 au lieu de 18.

Dans le premier cas, le mouvement s’accélère de façon imperceptible, dans le second, il est très légèrement ralenti, mais cela reste moins pénalisant que les différences de phase. Notez que ces modifications de vitesse se répercutent sur le son. Si l’accélération n’est pas sensible, le ralenti se percevra davantage. Cela dit, le phénomène s’avère, par chance, plus perceptible pour les musiques que pour les voix, autrement capitales dans le cadre de films familiaux.

Beaulieu-708-EL
Certains projecteurs Beaulieu peuvent subir des modifications afin d’être en mesure de limiter, voire ‘éliminer le scintillement.

On trouve un tel obturateur variable sur les Transvidéo Elmo mais aussi sur le projecteur Beaulieu 708 EL-Capstan Drive (à deux et trois pales). Ce dernier modèle peut même être optimisé à la demande pour incorporer un réglage électronique par quartz. Destiné aux opérations de transfert film-vidéo, le Beaulieu ainsi modifié fait preuve d’une précision plus absolue (puisqu’il est parfaitement en phase) et rend inutile tout réglage manuel, l’opération s’effectuant automatiquement. Cette information concerne surtout les clubs ou les professionnels vu le prix de l’appareil (autour de 25 000 F, le modèle standard). En revanche, les amateurs disposant de projecteurs Super-8 708 mono (modèles noirs) apprendront avec plaisir qu’il est possible d’adapter à leur matériel un obturateur bipale/tripale à vitesse variable.

Pour tenter de résorber le scintillement, on peut aussi recourir à un caméscope disposant d’un obturateur à vitesse variable. Francis Lepetit du CAP (Club audiovisuel de Paris), qui possède une longue expérience dans le domaine, a ainsi réussi à partiellement maîtriser le décalage en jouant avec l’obturateur d’une Sony V-800 porté autour du 1/75s pour un film à 24 images/seconde. Attention, avant de vous lancer aveuglément dans une longue opération de transfert, prenez la peine de relire quelques images enregistrées. En effet, le scintillement est moins sensible sur le moniteur de contrôle qu’en lecture.

Réglages manuels

Mais ce n’est pas tout. Prévoyez également une réduction de la taille de l’image originale en raison des différences de format (Super 8 plus allongé que l’image vidéo par exemple) et des recadrages dus aux problèmes de mise en place. M. Lepetit évalue cette perte à environ 10 %. A cela vient s’ajouter  l’amplification des défauts déjà présents sur l’image cinéma. Mais encore faut-il compter avec les faiblesses inhérentes à l’équipement vidéo utilisé et la propension des mono CCD à faire « baver » certaines couleurs, notamment les rouges. En effet, loin de filmer fidèlement l’écran, le caméscope réagit en fonction de ses propres réglages. C’est ici que les possesseurs de modèles entièrement débrayables disposent d’avantages cruciaux. Ils ne parviendront pas à gommer toutes les  imperfections, mais du moins limiteront-ils sensiblement les dégâts.

Première précaution, effectuer une mise au point manuelle. Un autofocus en liberté ne tarde pas à « pomper ». Indispensable également, le réglage de la balance des blancs. Nos essais en automatique se sont soldés par des images rougeâtres. Si votre caméscope dispose de positions prédéfinies, il faut généralement opter pour Lumière artificielle, mais le résultat sera meilleur avec un appareil doté d’une balance des blancs mémorisable.

Difficile de donner un avis tranché quant à l’ouverture de l’iris. Tout dépend du film. Dans notre cas, un automatisme livré à lui-même a d’abord procuré des images sous-exposées. La solution ? Surexposer direz-vous ? Mauvaise surprise, l’exposition varie d’un plan à l’autre. Résultat, sur certaines séquences, les traits des visages en gros plan devenaient méconnaissables parce que «  cramés ». Peut-être devrait-on s’en remettre à nouveau à l’automatisme ? C’est compter sans la lenteur de ses réflexes. Le fourbe peut en effet s’octroyer un temps de réaction pénalisant lors du passage d’un éclairage à l’autre.

Méthode

Mieux vaut d’abord visionner soigneusement le film à blanc, puis effectuer les réglages paraissant opportuns (en prenant bien soin de les noter) avant d’enregistrer la bobine en totalité. Relire alors ses images en repérant les séquences malmenées par les réglages choisis. Enfin lancer l’enregistrement définitif, interrompu autant de fois que nécessaire pour modifier les réglages sur les séquences préalablement localisées. On le voit, l’opération exige du temps et de la minutie. Cela dit, elle permet d’effectuer un « nettoyage » de ses rushes (montage serait un bien grand mot dans la mesure où les raccords ne sont pas toujours évidents). Notez que l’élimination de plans ratés évite souvent bien des corrections de réglages. En outre, elle s’avère peu douloureuse dans la mesure où l’on conserve intacts les originaux. En effet, qui a taillé sans hésiter la pellicule d’un film familial face à des plans jugés trop fugitifs, voire inesthétiques ? Enfin, dans un tel contexte, rien n’interdit de recourir à un correcteur pour sauver certaines séquences.

Derniers conseils, nettoyez soigneusement la pellicule pour éviter les apparitions intempestives de poussières qui multiplieront les nécessités d’interruptions. Enfin, méfiez-vous des atermoiements et autres fignolages excessifs : n’oubliez pas que les projections répétées dégradent la pellicule. Dans le cas de films sonores, ne confiez surtout pas la prise de son au micro du caméscope. Les bruits parasites ne manquent pas, à commencer par le moteur du projecteur. Afin de conserver intact votre son synchrone, utilisez un cordon reliant la sortie Ligne du projecteur à l’entrée Micro du caméscope ou à l’entrée Audio du magnétoscope (voir encadré installation).

Dispositif

Transfert de film en filmant un écran

transfert-projection-ecranNous avons testé les différentes solutions. La méthode la plus évidente consiste à projeter son film cinéma sur un écran et à le reprendre à l’aide du caméscope. Écartons d’emblée les écrans perlés qui accroissent la granulation de l’image pour leur préférer un papier blanc mat (bristol) le moins réfléchissant possible, que l’on collera sur un morceau de carton. Une base de 20 cm peut paraître  tout à fait suffisante puisqu’il s’agit de projeter une image concentrée (toujours de meilleure qualité). On préférera pourtant une largeur de 40 cm, en effet, l’image obtenue sur un écran plus vaste sera plus diffuse, donc moins lumineuse. Or, la trop forte luminosité est un ennemi considérable, elle produit un phénomène de halo qui se traduit par un cercle lumineux au centre de l’image assorti de bords plus sombres. On nous a suggéré de contourner la difficulté en installant dans notre projecteur une lampe moins puissante (50 watts). Nous n’avons pas pu tester ce  conseil, mais il nous paraît judicieux. Autre possibilité, placer un filtre gris neutre devant l’objectif du projecteur. Inconvénient, les chances d’en trouver dans le commerce sont rares. Par  conséquent, on devra s’en bricoler un à l’aide de gélatines par exemple. Encore faut-il disposer d’un local suffisamment spacieux. Pour que l’écran repris ne souffre pas de déformations, le  caméscope doit être placé près du projecteur et sa position coïncider autant que possible avec l’axe de celui-ci. Il faut donc installer les appareils assez loin de l’écran. En effet, en cas d’absence de recul, le caméscope se trouvant par exemple au-dessus du projecteur (pour rester dans l’axe) la prise de vues s’effectuera en plongée. Ou encore en contre-plongée si l’on décide d’intercaler le  caméscope entre écran et projecteur, de façon à éviter que l’ombre du caméscope ne vienne masquer l’écran. Dans les deux cas, on reproduira au final un trapèze et non un rectangle.

Transfert de film avec un boitier de transfert

Pour  remédier au problème spatial, on trouve dans le commerce des boîtiers de transfert à des prix tout à fait abordables (à partir de 400 F). Avec ces dispositifs, la surface d’une simple table suffit à mener à bien l’opération. Le système est constitué d’un écran dépoli de petites dimensions sur lequel le film est projeté. Derrière le dépoli, un miroir incliné à 45° reflète les images inversées qu’il  redresse de gauche à droite. C’est ce miroir que filme le caméscope à travers une lentille macro. L’écran dépoli dit « à lentille de Fresnel » assure une meilleure diffusion de la lumière, il présente l’avantage de diminuer le fameux phénomène de halo.

transfert-film-diapo-videoCela dit, bien que simplifiée par l’usage du boîtier, la mise en place conserve un caractère un peu fastidieux. Le sport consiste d’abord à faire coïncider la lentille macro et l’objectif du caméscope,  tâche moins simple qu’il n’y paraît. D’abord parce que, même s’ils sont munis de supports réglables, ces boîtiers ne s’élèvent pas suffisamment haut pour permettre d’utiliser un mini trépied sur  lequel visser le caméscope. On sera donc tenté de poser celui-ci sur une pile de livres soigneusement égalisée. Pourquoi pas avec de la patience…

Mais le meilleur moyen d’épargner ses nerfs reste encore d’installer le boîtier sur un coin de table et de mettre le caméscope sur un pied placé sur le sol, à moins d’investir dans un support pour caméscope, spécialement conçu pour s’adapter aux matériels de transfert. Signalons que projecteur et boîte doivent être disposés sur une surface parfaitement plane. Sinon, gare aux écrans de guingois !

Les boîtiers vendus dans le commerce se ressemblent beaucoup. A vrai dire tous paraissent sortir des mêmes chaînes de fabrication coréennes (modèles Raynox Made in Japan exceptés). On note cependant quelques différences susceptibles d’influer sur les choix. Le résultat en termes de qualité d’image est comparable à ce qu’on obtient en filmant directement l’écran, autrement dit, le

Hama telescreen
Le Télescreen Hama, le modèle le plus simple et le moins coûteux.

rendu se révèle très moyen. De plus, il s’avère sensiblement identique d’un modèle à l’autre, seul se démarque, avec des vues un peu plus nettes et brillantes, le RV 2000 de Raynox, qui intègre un miroir traité multicouche, un dépoli plus fin et une lentille macro de meilleure facture.

En revanche, contrairement à celle de ses rivaux, la lentille du RV 2000 n’est pas coiffée d’un pare-soleil rétractable. Non seulement cet accessoire élimine les risques de lumière parasite, toujours présents si l’obscurité n’est pas complète, mais il facilite l’emploi de certains caméscopes présentant des protubérances sous l’objectif ou dont les connecteurs sont tout simplement situés à cet endroit stratégique. Le contrôle sur moniteur est en effet indispensable : mise au point, colorimétrie, exposition seront ainsi jugées, mais également le cadrage. Car celui-ci se révèle des plus délicats quand on travaille avec une boîte. Un mauvais positionnement du caméscope et on « accroche » des portions de la structure interne (noire) parfois difficiles à repérer dans un viseur noir et blanc.

A noter également pour les amateurs d’expérimentations colorimétriques, la présence de porte filtres derrière la lentille macro, qui offrent une alternative au filtre vissé sur l’objectif du caméscope.

Rappelons que tous ces matériels traitent indifféremment films ou diapositives et intègrent un dispositif de banc-titrage pour photos et documents papier (le modèle Hama basique excepté). Certains arborent même une table lumineuse (Vivitar UVC 10 et UVC 20). Dans tous les cas, il faut choisir entre l’option films/diapos et banc-titre, seul le Raynox RV 2000 permet de superposer deux images.

Enfin, le Transfert image/son DMC et le Vivitar UVC 20 gèrent également une section audio. Ils permettent de mixer trois sources : son d’origine, musique et commentaire au micro.

vivitar uvc20Le « livre optique », quant à lui, fonctionne sur un principe proche de celui du boîtier. Cette fois, l’image est projetée sur un miroir à 45° puis renvoyée sur le dépoli. C’est lui qui sera filmé de face par le caméscope. Avantage, cadrer l’image projetée se révèle infiniment plus aisé qu’avec une boîte. De plus, il est possible de superposer un titre sur une image. On placera pour cela sur le dépoli une feuille transparente sur laquelle on aura disposé des caractères autocollants (fournis avec le modèle Hama). Malgré tout, l’obscurité et un certain recul sont nécessaires entre le caméscope et l’écran (1,5 m conseillé, bien qu’on puisse opérer à une distance inférieure).

Dernière option, le Transvidéo Elmo. Cette fois le projecteur est couplé à un capteur CCD de 250 000 pixels auquel il transmet l’image en direct. Si vous avez la possibilité de louer ou d’emprunter un tel appareil, c’est à notre avis la meilleure solution tant du point de vue de la simplicité d’emploi que de la qualité du transfert obtenu. Exit les problèmes d’installation ou de réglages. Bien qu’il soit possible de doser les rouges et les bleus ou encore d’intervenir sur l’ouverture de l’iris voire la mise au point, l’appareil fonctionne parfaitement en automatique dans bon nombre de cas. Une prise Cinch permet de connecter directement le Transvidéo à l’enregistreur, lui-même relié au téléviseur de contrôle. Une limite cependant, l’image, de qualité composite, est au standard Pal de surcroît. Malgré cela, les résultats sont nettement supérieurs à ceux obtenu avec un caméscope Hi-8/S-VHS et un boîtier ou un écran. Malheureusement, Elmo a interrompu la fabrication des Transvidéo et ne souhaite pas la reprendre, par conséquent les possibilités de location sont rares (ne parlons pas d’achat, environ 30 000 F). Nous n’avons trouvé qu’un loueur sur Paris, Synchro-Ciné-Quartz qui dispose des versions 8 mm et 16 mm et un sur Marseille, Locamescope, qui possède un modèle Super 8. Le prix de la location oscille entre 400 à 500 F pour la journée, et de 400 à 800 F le week-end.

comparatif-boitiers-transfertSuite de cette article avec Faire transférer ses films