Fast DV.now

Pendant que Pinnacle et Matrox s’affrontent sur le terrain des effets temps réel à moins de 10000 F, Fast revient vers les amateurs avec une carte de numérisation proche de la Canopus DVRaptor. Codec software et Adobe Premiere sont au rendez-vous. Virage à 180 degrés !

Sylvain Pallix – février 2000

Fast DV.now

Précurseur dans bien des domaines : première carte PCI Bus Master (AV Master), première carte de montage DV (DV Master), première solution de montage professionnelle MPEG-2 (601), Fast reprend à son compte des solutions éprouvées pour reprendre du poil de la bête sur le marché grand-public. Avec un concept et un prix similaire, la Fast DV.now vient concurrencer la réputée Canopus DVRaptor SE. Après avoir longtemps décrié le codec software, au profit du seul codec hardware, Fast lui trouve enfin des qualités. Il est vrai que, passé un Pentium 233 MHz, un codec software travaille plus vite en compilation et fournit une qualité comparable. Ajoutez une pincée d’Adobe Premiere, ignoré longtemps des bundles de Fast qui lui a préféré MediaStudio Pro, et voilà une façon de rentrer dans le rang. Deux choses toutefois distinguent la DV.now : les fichiers DV ne sont pas encapsulés AVI (voir DV .DIF ci-dessous) et le programme maison FAST.forward capture, trie, organise et exporte les clips.

DV .DIF

Le format de capture est du DV dans un encapsulage propriétaire étiqueté .DIF. Avantages et inconvénients : il capture au-delà des 2 Go, barrière usuelle des classiques AVI et traite les 4 pistes audio du format DV. Les fichiers audio et vidéo sont d’ailleurs capturés séparément. En revanche, il est incompatible avec les autres applications qui font appel à de la vidéo et réclament de l’AVI. Exit l’utilisation directe des rushes dans des softs comme LSX de Ligos ou MediaStudio Pro. Le lecteur de Quicktime et Adobe After Effects ont été les seules applications tierces installées sur la machine de test à savoir les exploiter. A l’instar de la Pinnacle DV500, on se demande pourquoi Fast n’a pas opté pour un standard plus œcuménique comme l’OpenDML qui brise aussi cette barrière des 2 Go, mais reste de l’AVI compatible. Retenez qu’avec la gestion des disques durs Fat32 de Windows 98, le maxima est de 4 Go et qu’en NTFS sous NT, il devient « illimité ».

Le test

Installation

L’installation générale s’est globalement passée sans heurt. Seul l’affichage de la vidéo sur le moniteur informatique a posé problème. Il a refusé de fonctionner avec notre carte graphique All ln Wonder d’ATI qu’il a fallu remplacer. De plus, la recherche de la commande de sélection des entrées vidéo a pris plus de temps que l’installation elle-même. L’information ne se trouve qu’en page 69 du manuel. Une sélection qui s’obtient d’un clic droit souris sur la fenêtre dédiée au recouvrement vidéo (Overlay). Grisée, inactive, une troisième option d’incrustation Logiciel n’existe pas aujourd’hui. Et, par défaut, il n’y a pas moyen de monter ses images sans conserver le périphérique DV relié.

FAST.forward : capture, prémontage et export…

Ergonomique, le logiciel FAST.forward divise ses différentes fonctions en blocs amovibles accessibles depuis la barre d’outils supérieure ou le bouton droit de la souris. Ainsi, l’utilisateur affiche à volonté la fenêtre de visualisation de la vidéo, le pilotage du DV, le pilotage d’une séquence particulière enregistrée ou l’ensemble des éléments vidéo enchaînés.

Fast-DV.now Fast Forward

Le lecteur DV pilote l’unité DV raccordée à la carte en lecture ou enregistrement. Un Indicateur de crête fournit le niveau sonore. La capture s’effectue à la volée (icône rouge de l’Assistant capture) ou en lot (Batch). En cas de trou dans la bande à l’enregistrement, le système de capture s’arrête automatiquement. Fast recommande au passage de tracker ses bandes DV avant tournage pour éviter ce type d’incident qui remet le time code à 0:00:00:00 et sabote le travail en Batch.

Autre choix : la capture depuis Premiere à la volée ou au time code, mais pas en lot, apanage de la version complète.

Montage Cut

FAST.forward permet le nettoyage des rushes en élaguant tout ce qui dépasse autour de nouveaux points In/Out placés sur chaque séquence après capture (Mark Editor). Une technique qui allège le volume des fichiers sur les disques durs et participe d’un prémontage. Une belle idée qu’accompagne la lecture enchaînée et fluide des rushes disposés en file indienne dans l’interface, et que l’utilisateur peut placer et déplacer à volonté. Cette maquette est enregistrable immédiatement sur cassette. Méfiez-vous du bouton d’enregistrement direct qui écrase sans crier gare vos cassettes de rushes non verrouillées ! A noter qu’une souris Microsoft lntelliMouse peut être utilisée en guise de Jog-Shuttle, via sa molette pour une circulation rapide à même les images.

Montage Premiere

FAST.forward et Premiere ne supportent pas de fonctionner en parallèle. Dommage pour la souplesse d’exploitation quand un produit concurrentiel comme la DVRaptor accepte l’ouverture simultanée en fonctionnement de ses logiciels et de Premiere.

Adobe Premiere 5.1 LE

Par sécurité pour l’utilisateur, FAST.forward propose de lancer Premiere et se referme automatiquement. Les images capturées avec FAST.forward sont importables manuellement dans Premiere. Les plug-ins Fast permettent au logiciel d’Adobe d’exploiter l’encapsulage. DIF des fichiers DV (voir encadré). Là encore, veillez à ce que le périphérique DV reste raccordé à la carte et sous tension. Faute de quoi, il n’existe pas aujourd’hui d’affichage des images. Fonction mal gérée – Fichiers /Exportation vidéo – qui offre, avec d’autres cartes, la vidéo en plein écran sur le moniteur informatique. Ici, l’image est en « timbre poste » sur fond noir. Rapide, le codec DV de Fast est comparable à celui de la DVRaptor. Comptez moins de 8 secondes pour une seconde de fondu-enchaîné sur un Pentium II 400 MHz.

Certains lecteurs s’inquiètent des différences entre Premiere complet et sa version LE. Retenez qu’avec la mouture allégée, il faut se contenter des 3 pistes vidéo et autant en audio contre 99 et 99. Seize transitions au lieu de 77, 16 filtres vidéo au lieu de 67, 3 filtres audio contre 21. Les modules Transparences et Trajectoires sont hélas inactifs. Le navigateur de circulation rapide dans le montage et les commandes en raccourci clavier sont absents comme la gestion des Key Frames. Pas d’affichage des extrémités des points In ou Out lorsqu’on modifie les éléments sur les pistes à la souris. Et certains outils de correction de montage font défaut. L’enregistrement automatique et les 32 niveaux d’annulation n’existent pas ainsi que l’acquisition vidéo séquentielle, ou l’export d’EDL de fichiers RealVideo, NetShows ou MPEG-1 ou 2. Ce qui n’empêche pas de monter, sonoriser, titrer et appliquer ralenti ou accélération. L’enregistrement auprès d’Adobe France permet d’évoluer vers la version 5.1 complète moyennant 1965 F.

Audio

Dans les réglages de son moteur DV, Fast propose de sélectionner l’écoute des pistes audio stéréo 1 et 2 ou 3 et 4. Plug-in Fast unique en son genre sous Premiere et très pratique pour ceux qui auraient capturé le son en 32 kHz, puis utilisé la fonction Doublage son de leur camescope.

Audio Fast DV.now

L’emploi des quatre pistes implique de réimporter l’élément vidéo en modifiant le paramètre ou d’opter pour les fichiers WAV numérotés. Comme d’habitude dans Premiere : pas de VU-mètres pour étalonner ses sons au mixage. A noter : le défilement à la souris (Scrubbing) à même les pistes vidéo nous prive de l’écoute du son, pourtant pratique dans ce mode de navigation.

Export

La fonction Fichiers/Export sur bande permet d’expédier son montage vers le périphérique DV. Dans Premiere, le panneau ne propose pas le pilotage du magnétoscope DV qu’il faut caler manuellement.

Export Fast DV.now

La compilation finale du film n’est pas obligatoire grâce au PowerPlay de Fast, qui sait parfaitement lier les fichiers d’un montage pour une exportation exemplaire. Si vous préférez générer un fichier unique, l’enregistrement est alors envisageable depuis FAST.forward, qui contrôle totalement la platine DV.

Conclusion

Pour Fast, cette DV.now marque une première approche du marché DV grand-public. Et d’autres cartes, emboîtant le pas aux modèles à effets temps réel de chez Pinnacle et Matrox, devraient voir le jour à court terme. Cette DV.now intéressera donc ceux qui se fichent des effets temps réel sur la seule sortie analogique, sachant toutefois qu’avec la mise à jour vers Adobe Premiere 5.1 complet (1965 F), le système se rapproche du prix d’une Pinnacle DV500 ouverte en plus sur la création de CD-vidéo et DVD. Dans le cœur de cible, certains amateurs hésiteront peut-être face à des produits à moins de 2000 F comme la Roll Master DES-100, la Pinnacle StudioDV, l’ADS Pyro ou la Digital Origin lntroDV, accompagnés de logiciels de montage plus simples que Premiere. Sans oublier, l’arrivée de prises IEEE 1394 sur les cartes mères comme chez Asus, et qui seront compatibles avec MediaStudio 6.0 et Premiere 6.0 ou déjà compatibles avec VideoStudio 4.0. En fait malgré de nombreuses qualités – stabilité incluse – la DV.now arrive avec du retard sur un marché rapidement évolutif. Et si la Raptor rejoint l’univers Avid par son adaptation au montage virtuel sous Xpress, Fast n’envisage pas de portage de la DV.now vers son réputé Fast Studio ou une version plus modeste.

Caractéristiques Fast DV.now

  • Système : Windows 98 et NT 4.0.
  • PC minimal : Pentium II 300 MHz, 64 Mo Ram (128 recommandés).
  • Traitement vidéo : DV (5:1) Pal (720 x 576) et NTSC.
  • Traitement audio : 4 canaux 32 kHz 12 bits, 2 canaux 44 kHz 16 bits ou 2 canaux 44 kHz 16 bits.
  • Connecteurs : i-Link (DV) et vidéo composite (RCA) et Y/C (mini-DIN) pour la prévisualisation vidéo sur moniteur PC (entrées/sorties).
  • Logiciel inclus : FAST.forward, Premiere 5.1 LE.
  • Câbles : DV et Y/C.
  • Manuels : Mode d’emploi et Video Pocket Guide.
  • Garantie : 3 ans.
  • Prix indicatif : 4800 F (732 €)

Verdict

La DV.now est efficace en capture comme au montage. En revanche, on regrette le format vidéo propriétaire qui nuit à l’ouverture directe des fichiers vers beaucoup d’applications Windows. Il échappe toutefois à la barrière des 2 Go. La rivalité d’autres cartes moins chères ou plus novatrices la concurrencent sérieusement sur son créneau. Mais Fast parie sur la fiabilité de son produit en proposant une garantie de 3 ans. Rassurant pour une carte qui s’est révélée très stable lors des essais !

Les plus

  • L’interface FAST.forward pour dérusher, capturer et prémonter son film.
  • La capture et la mastérisation au-delà des 2 Go.
  • Overlay vidéo pour une fluidité exemplaire sur le moniteur informatique.
  • L’élagage des rushes capturés pour réduire le volume de données sur le disque.

Les moins

  • Fichiers vidéo non AVI incompatibles avec d’autres applications vidéo.
  • Pas de dérushage des cassettes avec prédécoupage automatique des séquences (en projet).
  • Premiere en version allégée.
  • Pas d’exportation en MPEG-2 pour la réalisation de DVD ou en formats Internet.
  • Pas d’effets temps réel.
  • Pas de capture par les entrées analogiques (oui sur la DVRaptor).
  • Prise i-Link fermée aux périphériques IEEE1394 type disques durs.

Les rivaux

Pour un prix identique, Pinnacle propose sa DV200 avec ses outils de dérushage DVTools, son titreur Broadcast TitleDeko et surtout Premiere 5.1 complet. L’Overlay n’est certes pas géré par une entrée analogique pour offrir la meilleure fluidité jusqu’au plein écran sur moniteur informatique, mais cette solution offre l’avantage de pouvoir se passer de périphérique DV au montage. Digital Origin propose aussi Premiere au grand complet autour de sa carte dans l’offre MotoDV. Et pour ceux qui souhaitent évoluer vers un Premiere 5.1 complet, la mise à jour rapproche en terme de prix la DV.now de la Pinnacle DV500. Et là, l’utilisateur peut marier sources DV et analogique, disposer du temps réel pour les effets 20 dans Premiere (version complète), exporter aussi en MPEG-2 pour créer des CD-vidéo et DVD.

CV 135