Grass Valley Edius Pro 8

Sobre, mais belle bête de course

Vous êtes un monteur institutionnel ou pro ? Edius Pro 8 vous séduira par sa capacité à digérer la quasi-totalité des formats vidéo/audio et pas ses fonctions broadcast. Vous êtes vidéaste amateur passionné et exigeant ? Il vous bluffera aussi par sa stabilité, sa souplesse, sa modularité et ses outils conviviaux.

EdiusPro8

Edius 8 se décline en version Démo gratuite valable 30 jours, Pro et Workgroup.

Cette dernière, qui était nommée Elité dans Edius 7, concerne ici aussi et surtout les monteurs pros travaillant en réseau et exploitant des cartes optionnelles GV ou d’éditeurs tiers. C’est donc plutôt la Pro 8 qui intéressera  la majorité des utilisateurs et que nous avons testée ici.

L’installation est autorisée sur deux machines, par exemple un PC de bureau et un portable. Principale différence dans la gestion de licence par rapport à Edius Pro 7 (qui avait abandonné le système de “clé” électronique sur port USB) : le logiciel n’est pas seulement lié à un numéro de série qui détermine s’il s’agit d’une version Démo, Pro ou Workgroup, mais aussi à un propriétaire qui doit au préalable créer son ID personnelle sur le site Grass Valley. Le logiciel ira ainsi sur le web vérifier régulièrement la bonne correspondance produit-ID. Vous devrez donc, au moins de temps en temps, rester connecté à Internet en utilisant Edius, faute de quoi le logiciel pourrait repasser en mode démo… On n’échappe à cette contrainte qu’en version 8 Workgroup.

On regrette par ailleurs que certaines fonctions professionnelles présentes dans Edius Pro 7.5, telles que le sonomètre, le Generic MXF File Export, le Pré-roll Editing ou la capacité à se connecter à un serveur FTP pour l’import / export, aient été dévolues à la seule version 8 Workflow. Toutefois, de futures mises à jour gratuites apporteront à la Pro 8 de nouvelles fonctionnalités intéressantes.

Sont annoncés, entres autres, le Motion Tracking, un ralenti très haute qualité, un nouveau mode d’étalonnage couleur, la compatibilité avec les fichiers Raw ainsi que la prise en charge des modes LOG / LUTs.

Le Canon XC-10 compatible

Outre les récents formats vidéo créés par Sony, tels que le XAVC (Intra/ Long Gop) et le XAVC-S, Edius Pro 8 supporte le Panasonic AVC-Ultra/AVC-Intra 4.2.2. 4K ainsi que le nouveau format H264 XF-AVC (en import) généré par le photo-caméscope hybride 4K Canon XC-10.

Il avale également sans souci le 4K issu de l’APN Panasonic Lumix GH4 et celui du caméscope Sony PXW-X70. Autre point remarquable d’Edius, contrairement à d’autres logiciels de montage vidéo, aucune conversion vidéo n’est nécessaire lorsque vous mélangez divers formats sur la timeline. Un gain non négigeable dans la rapidité de gestion du workflow.

Par ailleurs, Grass Valley a développé un nouveau codec intermédiaire dénommé Grass Valley HQX qui sait gérer le 10 bits afin de faciliter les opérations de post-production en haute définition. Pour les mêmes raisons, Edius autorise l’utilisation du codec intermédiaire Avid DNxHD, fort prisé des monteurs pros. Ce codec est en option dans Pro 8 par achat de licence séparée, mais il est intégré d’origine dans Workgroup. Nous avions enfin espéré trouver dans cette nouvelle version 8 un outil de conversion de fichiers bruts de type Raw vidéo, qui aurait pu par exemple être intégré à GV Browser. Ce n’est hélas toujours pas le cas. Les utilisateurs de matériel haut de gamme offrant ce type d’enregistrement (APN Canon 5D MIII, caméscope Sony F55…) devront d’abord passer par un logiciel de conversion tiers (Da Vinci Resolve, Adobe Speedgrade, etc.) en attendant la mise à jour annoncée d’Edius qui permettra de gérer directement le Raw.

LE PROGRAMME PLUS DE LA 8 : GV BROWSER

Lorsque vous connectez un disque amovible ou un lecteur de carte, GV Browser détecte automatiquement les formats supportés (vidéo, audio, photo) et les télécharge dans divers modes d’affichage au choix et en lecture plein écran si vous le souhaitez. Il est alors très facile de trier vos rushes, leur attribuer une étoile pour les ranger dans le catalogue des favoris, les dupliquer, les supprimer, les copier dans le disque dur PC ou les envoyer directement vers YouTube, Vimeo ou d’autres serveurs. De même, vous pouvez si besoin est leur rajouter des métadonnées (date, modèle de caméra, créateur, commentaire, etc.). Un original mode Calendrier permet aussi une recherche par jour de tournage. GV Browser travaillant en symbiose avec Edius, son contenu est accessible dans le navigateur de sources de ce dernier. D’un clic de souris, vous pouvez alors immédiatement importer dans le chutier ou directement sur la timeline les fichiers choisis (catalogue, favoris,etc.).

Accélérer plus pour gagner plus

Le moteur informatique d’Edius est une application 64 bits native qui sait exploiter la mémoire système donc peut disposer windows (Ram variable selon les versions) pour faciliter les opérations les plus gourmandes comme la superposition, la 3D stéréoscopique, le multicam ou l’édition en multipiste 4K. Par ailleurs, Edius étant doté d’une technologie de transcodage vidéo en temps réel, des clips posés et même imbriqués sur la timeline, ayant différentes résolutions HD ou SD, différents rapports d’aspects et taux de trames, au standard NTSC ou PAL, en 2K ou 4K, seront convertis en temps réel de manière transparente pour le monteur. Un gros plus pour celui qui a des impératifs de livraison de montage fini ! Edius Pro 8 sait aussi tirer parti de la fonction Quick Sync Video, disponible sur certaines configurations à base de processeurs Intel Core (i3, i5, i7). Celle-ci permet de dédier au coeur graphique intégré Intel la gestion du codage/décodage vidéo, ce qui en accélère sensiblement l’exécution tout en libérant le processeur pour d’autres tâches liées à la performance globale du PC. Des progrès censés être surtout visibles en Mpeg-2 et en H.264, y compris avec des clips 4K. Mais nous n’avons pas pu nous rendre compte de cette amélioration, notre machine de test n’étant pas compatible avec cette fonction. Sur votre propre PC, vous pouvez facilement vérifier cette compatibilité en simulant dans Edius un export H264/AVC. Si Quick Sync Video est actif, une case à cocher Utiliser l’encodeur matériel doit alors s’afficher au bas de l’onglet Paramètre de base.

Plumage ne vaut pas ramage

Venons-en maintenant à l’opération de relooking de l’interface qui caractérise cette version 8.

Grass Valley aurait-il confié ce travail à des stagiaires inexpérimentés ? A un graphiste probablement doué, mais pas monteur lui-même ? On serait tenté d’y penser en regardant le résultat : aspect plat et terne des fenêtres, manque de contraste des icônes, pictogrammes tellement épurés qu’ils en deviennent abscons… Dur, dur.

Les précédentes versions d’Edius nous avaient habitués à des icônes mixant blanc et couleurs, avec effets de relief et lettrages blancs contrastant efficacement avec les fonds. Ici, tout est quasi noyé dans des nuances de gris, certes très esthético-tendance, mais qui ne facilitent pas la visibilité.

Premier conseil pour améliorer les choses : allez dans Paramètres > Paramètres utilisateur > Interface utilisateur > Couleur de fenêtre et déplacez de manière identique (pour rester dans le gris) les trois curseurs vers la gauche afin d’assombrir globalement l’interface, jusqu’à trouver la sensation de contrastes la plus agréable à l’oeil. Pour ce test, nous avons opté pour une valeur de -20, mais c’est bien sûr affaire de goût personnel. Et si vous trouvez que les icônes sont trop petites et peu lisibles, pointez Paramètres > Paramètres utilisateur > Interface utilisateur > Commande, et la fenêtre Bouton, option pour une taille moyenne ou grande. N’hésitez pas non plus à éliminer des diverses fenêtres toutes les icônes qui ne vous sont pas très utiles afin de gagner en clarté et simplicité. Une opération réversible à tout moment grâce à la grande modularité d’affichage offerte par Edius. Il reste à espérer que Grass Valley, face aux multiples critiques, va rectifier le tir en proposant rapidement une mise à jour de ce relooking, voire donner la possibilité de revenir à l’ancien aspect d’Edius 7.

Les effet, on en fait… mais pas plus

Ici, pas de surenchère de packs d’effets pseudo-spéciaux rajouté à grand renfort de publicité à la sortie de chaque nouvelle version. Edius Pro 8 se centre avant tout sur l’optimisation de sa productivité par accélération logicielle et matérielle, rationalisation de ses outils, amélioration permanente de son ergonomie fonctionnelle. Le logiciel est cependant ouvert aux plug-ins d’effets spéciaux d’Adobe After Effects et à ceux de type VST audio. Les outils d’origine de traitement vidéo et audio sont de qualité broadcast et suffisent amplement à gérer la plupart des situations de post-production vidéo. On y remarque, entre autres, des roues colorimétriques triple mode avec profondeur de couleur 10 bits, une courbe YUV, un mode Masque, un stabilisateur avec correction de Rolling Shutter, une fenêtre vectoroscope….. Edius offre également plusieurs centaines de transitions, dont certaines sont gérées directement par la carte graphique. L’outil de gestion de trajectoire (dénommé Outil de présentation) permet par ailleurs de créer facilement ses propres effets de recadrage, zooming, déformations, etc. Quant aux divers packs d’effets supplémentaires que vous auriez pu acquérir et utiliser dans une précédente version d’Edius (Boris, NewBlue, proDaD, Izotope…), s’ils ne s’affiche plus dans Pro 8, il vous faudra alors vérifier que le site de chaque éditeur qu’une mise à jour est (ou sera) disponible, parfois payante. Sur notre machine de test, nous avons toutefois constaté que les plug-ins Cat Audio et Newblu Video Essentials III utilisés dans Pro 7.5 sont automatiquement reconnus par Pro 8.

VERDICT

Fonctionnalité

Ergonomie

Rapport qualité/prix

Edius sait “croquer” quasi tous les formats et c’est un de ses principaux atouts. Moins pointu en gestion des rushes jusqu’à présent, l’ajout du programme annexe GV Browser vient utilement combler cette lacune. Bien vu aussi, le mode Proxy qui allège les rushes et facilité ainsi le montage sur un PC qui n’est pas forcément de dernière génération.Malgré ce relooking gris terne qui nous “pète les yeux”, Edius n’a fort heureusement modifié en rien sa configuration générale, ni l’accès génialement convivial à ses outils, ce qui rassurera bon nombre d’aficionados du soft.Edius est synonyme de performance, qualité et stabilité. En un mot, d’une vraie productivité qui laisse plus de place à la créativité. La version Pro 8 continue dans cette voie. Pour un prix très raisonnable, les pros et les institutionnels y trouveront leur compte. Les amateurs friands d’effets tape-à-l’oeil, eux, passeront peut-être leur chemin.
POINTS FORTS
POINT FAIBLES
  • Stable, puissant et ergonomique
  • Import et mélange temps réel de divers formats
  • Mode multicaméra 16 écrans
  • Accélération logicielle et matérielle
  • GV Browser pour gérer les rushes
  • Choix limité de filtres d’effets vidéo/audio
  • Interface peu lisible, icônes abstraites
  • Pas de gestion du Raw (en attendant mise à jour)
  • Certaines fonctions professionnelles supprimées

Fiche technique

  • Logiciel : Grass Valley Edius Pro 8
  • Public : Amateur éclairé, expert et pro
  • Fonction : Montage vidéo/photo/audio
  • Plateformes : Windows 7 et 8, 8.1 en 64 bits (optimisation Windows 10 par MàJ à venir)
  • Mémoire Ram : 2 Go minimum
  • Projet SD/HD : 4 Go ou plus
  • Projet 4K : 16 Go ou plus

Tarifs

  • Edius Pro 8 Full à télécharger : 450 €
  • Version boite avec support DVD : 580 €
  • MàJ depuis Edius Pro 7 : 230 €
  • Edius Pro 8 Education : 230 €