L’objectif Photographique

En 1839, lorsque la photographie fut annoncée au public, les premiers objectifs photographiques étaient construits le plus simplement du monde : dotés d’un seul élément en verre, ils n’étaient pas très lumineux et souffraient de multiples aberrations qui dégradaient l’image. N’importe quel fabricant de lunettes pouvait en produire. Avec ce type d’optique, la prise de vue d’un paysage en plein soleil nécessitait une exposition d’un quart d’heure. Rester assis rigoureusement immobile aussi longtemps était au-delà de l’endurance de la plupart des gens. Pourtant, le désir d’obtenir une image de soi ressemblante a joué un si grand rôle dans l’essor de la photographie que réduire le temps de pose nécessaire pour un portrait est devenu une priorité.

Coupe objectif llex
Vue en coupe d’un objectif llex (vers 1910, llex Optical Company, Rochester, New York – États-Unis)

Josef Petzval a conçu le premier objectif spécialement pour le matériel photo en 1840. Grâce au célèbre objectif Petzval à portrait et aux progrès de la chimie, les temps de pose ont été réduits à quelques secondes. Et même s’il ne convenait pas à toutes les situations, le Petzval était idéal pour le portrait. Il présentait en effet une bonne définition au centre de l’image, à l’endroit du visage (le plus important dans un portrait), et une moins bonne définition par ailleurs (ce à quoi nous accordons moins d’attention en portrait). Un tel objectif n’était cependant pas adapté à la photographie d’architecture, qui exige que toutes les parties de l’image présentent la même netteté, et que les lignes droites restent droites et non courbes.

La conception d’un objectif capable de donner des images nettes dans toutes les conditions d’éclairage impose de corriger les aberrations dont souffrent les systèmes optiques simples. Ceci implique d’utiliser plusieurs éléments optiques. Or, jusque vers le milieu du XXième siècle, fabriquer un tel objectif nécessitait des mois de savants calculs, et une précision à six chiffres. Comment Petzval a-t-il alors réussi à fabriquer son objectif en quatre éléments aussi vite, un an après la naissance de la photographie ? Il enrôla un peloton d’officiers d’artillerie de l’armée bavaroise, des hommes dont la formation les avait familiarisés au calcul trigonométrique et aux logarithmes. Aujourd’hui, ordinateurs et puissants logiciels ont remplacé le peloton d’artilleurs. Il n’existe pas d’objectif universel convenant à tous les usages. La grande diversité des optiques répond nécessairement aux besoins divers et variés rencontrés par les photographes dans leur pratique, tout autant qu’au souhait des fabricants d’éviter les brevets de leurs concurrents. Les revendications esthétiques des premiers fabricants à propos de leurs objectifs pour le paysage ou pour le portrait feraient sourire (ou grincer des dents) les constructeurs d’aujourd’hui. Des objectifs avec des aberrations délibérément non corrigées conféraient une atmosphère vaporeuse aux paysages. D’autres, élaborés pour : ne pas  enregistrer les détails trop fins, estompaient les rides des veuves vieillissantes. Vers la fin du x1x• siècle, on pouvait aussi équiper les objectifs à portrait d’un complément optique qui amincissait le modèle ; si l’accessoire était mal installé, il produisait l’effet inverse … En portrait, la flatterie importait davantage que l’exactitude.

La plupart des objectifs s’efforcent désormais d’intégrer un certain degré de polyvalence. Cela vaut notamment pour les optiques standards livrées avec les appareils professionnels, le photographe choisissant de s’équiper d’objectifs complémentaires plus adaptés à sa pratique : vastes panoramas, scènes très éloignées, objets minuscules, portraits, architecture, photographie animalière, photos en faible lumière ou photos de sport.

Zoom Vivitar
Zoom Vivitar Series 1, vers 1975, Vivitar Corporation, Tokyo (Japon).

Les objectifs disponibles aujourd’hui pour les amateurs font généralement partie intégrante de l’appareil, ce qui limite les variations à celles de l’optique intégrée. Ils offrent la possibilité de « zoomer », c’est-à-dire de modifier leur distance focale et de changer ainsi leur angle de champ et la taille des objets figurant sur l’image. Aux focales les plus courtes, ces zooms englobent un angle de champ très ouvert; aux focales les plus longues, un angle de champ plus étroit, qui donne une vision rapprochée des objets éloignés. Aujourd’hui, l’imagerie high-tech est à l’œuvre dans les coulisses, et a transformé la photographie en un acte spontané presque irréfléchi, symbolisé pas la réduction en taille de l’appareil photo et de son objectif au rang de simple composant d’un smartphone multitâches.