Matrox RT2000

Matrox RT2000La Matrox RT2000 allait-elle continuer de jouer les arlésiennes ? Annoncée en août, présentée au Satis, elle est enfin lancée fin février. Revue de détail d’une carte de numérisation qui concurrence la Pinnacle DV500 et se distingue par des effets 3D en temps réel et la capture/restitution en MPEG2.

Sylvain Pallix – avril 2000

Nous avions annoncé un duel entre la Pinnacle DV500 et la Matrox RT2000, deux cartes à effets temps réel annoncées à moins de 10000 F. La sortie différée de la RT2000 nous a contraint à dissocier les présentations. Mais ceux qui hésitent trouveront ici les points de comparaisons utiles.

Le matériel

Le PC de test comporte une carte mère référencée sur le site Internet Matrox : une Abit BE6. Pour assurer la conformité, le Bios référencé par les techniciens canadiens est téléchargé. Mais, les logiciels et drivers refusent de s’installer. « Vous n’avez pas le matériel compatible…». Un PC tout équipé est alors dépêché par Matrox France. La procédure échoue à nouveau, car le Sony TRV900 utilisé s’avère incapable de capturer plus de quelques secondes d’images, et de manière très aléatoire. Le reste du temps, Premiere et Windows se crashent. La raison ? Le module DV de la RT2000, qui fait appel aux composants et drivers Texas Instruments, est fâché avec toute une liste de camescopes dont une large partie de la gamme JVC, et quelques modèles Sony dont certaines séries de TRV900. Au final , un Sony PC7 accepte d’assurer pilotage et capture. Une politesse que Premiere accompagne parfois de quelques plantages. Des mésaventures qui imposent plus que jamais la prudence hors installateur confirmé et agréé.

Les test

Offre logicielle

Matrox et Pinnacle livrent leurs produits accompagnés de Premiere 5. 1 RT. Pour la création de morceaux de musique libre de droits, Acid s’associe aux deux cartes. Toutes deux peuvent créer des structures de CD-Rom ou DVD interactifs, via Sonic DVDIt pour Matrox, et Minerva Impression CD Pro pour Pinnacle. En titreur complémentaire à celui de Premiere, Matrox propose Cool 3D et Pinnacle, TitleDeko. Pour les effets, Pinnacle s’arrête à la 2D avec une couche graphique fixe quand Matrox embraye sur la 3D mélangeable avec une couche graphique animée. Chaque système intègre un boîtier de connectique pour la capture de rushes analogiques, celui de la Matrox comportant de l’électronique. Différence de taille, le système Matrox s’appuie sur deux cartes : la carte dédiée vidéo (Bus PCI) est reliée par un ruban à la carte graphique G-400 3DFlex (Bus AGP). C’est elle qui assure l’affichage des images, remplaçant purement et simplement votre ancienne carte graphique. Mais le prix de la Matrox, des 9500 F annoncés, s’est envolé vers les 11500 F, bonne santé du dollar oblige. Et la DV500 – euro sociable – s’est stabilisée depuis le début à 7000 F.

La carte graphique de la RT2000 ouvre la porte aux effets 3D temps réel, contrairement à la Pinnacle. Revers de la médaille, impossible de la troquer pour une carte autre que la G400. A l’avenir, Matrox pourrait proposer de nouvelles cartes graphiques compatibles (Bus AGP).

Capture

Matrox RT2000Matrox n’a pas repris à son compte la capture de fichiers AVI en Open DML jusqu’à 12 Tera-Octets, technologie à laquelle la firme a largement contribué, mais qu’elle réserve curieusement aux solutions DigiSuite. D’autant plus paradoxal que Pinnacle propose l’Open DML avec la DV500. Attention toutefois : sous Windows 98 en Fat32 (formatage des disques durs) pas moyen de dépasser les 4 Go pour un AVI unique. Seul le formatage en NTFS proposé par Windows NT ou 2000 ouvre les portes à des fichiers plus volumineux. Sous Windows 98, la RT2000 reprend le principe de la CutList développée pour la Marvel. Elle capture dans la limite du disque dur en enchaînant automatiquement les fichiers de 2 Go. Il en résulte un fichier unique dans Premiere, le premier segment de 2 Go amenant les suivants en toute transparence pour l’utilisateur. A noter que la RT2000 est incompatible avec NT4 et pas encore prête pour Windows 2000 (drivers en cours d’élaboration), alors que la DV500 capture et travaille dans les trois environnements Windows.

L’un des outils Matrox valide la bonne vélocité des disques durs. Tout le reste, de la capture à l’édition, renvoie vers Adobe Premiere 5.1 RT. La Pinnacle DV500 propose le même type d’outil, mais offre une assistance au dérushage, en analysant les cassettes. Le point In de chaque séquence fait alors l’objet d’une imagette associée au time code qui va enrichir une bibliothèque. RT2000 et DV500 utilisent bien sûr le module de Premiere pour la capture à la volée, au time code à l’unité ou en série (Batch). Seule la DV500 propose un ajustage de l’audio si le boîtier BlueBox est employé pour saisir des rushes analogiques. Des images que Pinnacle comme Matrox transforment en temps réel au format DV. Des corrections sont applicables au signal analogique pour les deux cartes. Les deux produits font appel au composant C-Cube DVXPress. Pinnacle utilise le Codec DV Sony et Matrox le Codec C-Cube permettant la capture en DV ou en MPEG-2 1-Frame de 10 à 25 Mbytes/seconde. Un plus pour maquetter en basse résolution, qui intéresse les réalisateurs documentaristes. Le principe de conformation MPEG-2/DV, non fonctionnel au moment de l’essai, n’a pu être testé.

Montage

Les procédures sont les mêmes, tant pour la RT2000 que pour la DV500, les versions de Premiere étant rigoureusement identiques. Rappelons que le patch 5.1 c, qui supprime des bugs dans Premiere, est disponible en français sur le site d’Adobe. En situation de montage avec effets temps réel, le Scrubbing de la DV500 s’avère souvent plus lourd à gérer que celui de la RT2000 plus réactif. La Matrox est aussi plus véloce sur la mise à jour des fichiers de film modifiés et le lancement de la lecture.

Effets temps réel 3D

Matrox RT2000Rappelons que les deux cartes exploitent des effets en temps réel sur les seules sorties analogiques. Pour exporter les films avec les effets par la prise DV, il faut d’abord les compiler dans les deux cas, opération étonnamment rapide sur la Matrox, il faut dire. Parmi les limitations propres aux deux modèles, rappelons que les effets sont valables pour les seules bibliothèques maison. Attention, les effets propres à Premiere ou à des plug-ins comme Boris FX ou Hollywood FX réclament les mêmes calculs qu’auparavant. Idem chez Pinnacle pour sa bibliothèque FreeFX, effets 3D que la DV500 ne sait pas traiter en temps réel. Ces transitions en 3D réclament du calcul avant exécution.

La technologie des effets Pinnacle est plus rustique que celle du concurrent. S’appuyant sur les capacités seules du processeur C-Cube embarqué, elle applique aux deux flux vidéo des effets 2D. Pas de bords colorés flous ou de gestion de la transparence. Et la lumière et l’ombre portée n’existent pas.

La technologie 3DFlex Matrox est plus novatrice. Elle utilise la puissance de la carte graphique avec son processeur G400 et sa mémoire de 32 Mo pour calculer en temps réel les effets 2D ou 3D avec bords colorés flous ou nets, lumière et ombre portée. Les effets sont réalisés, via une structure filaire, à l’instar des logiciels de création d’images de synthèse. La vidéo est ensuite plaquée sur cette structure. Le tiroir Transitions affiche les trois icônes Matrox, qui correspondent aux bibliothèques d’effets 2D/3D, celles des filtres à niveaux de gris (Organic Wipes) et celles des pages tournées. L’interface de la Matrox est spacieuse – plein écran par-dessus Premiere. A contrario, Pinnacle se contente de petites fenêtres moins ergonomiques et, au lieu de regrouper ses effets par familles, affiche une icône pour chacun d’entre eux dans le tiroir Transitions. En outre, la RT2000 nous gratifie d’une touche Preview pour une simulation immédiate des effets. On regrette de ne pas pouvoir intervenir sur les trajectoires de ceux-ci. Matrox présente cet inconvénient comme un souci de simplification momentanée. Bonne nouvelle : on trouvera prochainement de nouveaux effets sur le site Matrox. Sur la RT2000, on voit les effets non temps réel se calculer image par image sur la sortie analogique, un confort. Pour sa part, Pinnacle se contente de la sempiternelle barre rouge de décompte d’Adobe.

Matrox RT2000Matrox a développé un moteur de compilation accélérée pour le travail en multicouche. Difficile de comparer ses temps de calcul avec la DV500, les bancs d’essai de l’une et l’autre ont été effectués sur des PC de puissances différentes. Pentium II 400 MHz pour la DV500, PII 550 MHz pour la RT2000. Cela dit, la Matrox semble réellement plus rapide.

Le traitement non temps réel des filtres est le point faible des deux produits. La correction colorimétrique est oubliée par Matrox et très limitée chez Pinnacle, qui propose toutefois le filtre négatif. Il faut lorgner vers la Canopus DVRex (32500 F TIC) pour obtenir le traitement de filtres variés temps réel et sur la sortie DV. Dans l’immédiat, la Matrox offre le ralenti et l’accéléré en temps réel et Pinnacle fait l’impasse sur cette possibilité. L’accéléré de Matrox fonctionne bien, mais le ralenti n’est guère convaincant faute d’un désentrelacement : l’image sautille, et utiliser le filtre à trames de Premiere renvoie aux calculs.

Son

Embarquant chacune un circuit son, les deux cartes gèrent l’audio provenant des sources analogiques. En DV, il transite comme il se doit par le câble relié aux prises IEEE 1394. La puissance des PC aidant, Premiere supporte de mieux en mieux la lecture d’un montage flanqué de plusieurs pistes audio. On reproche encore et toujours à Premiere l’absence de VU-mètre, de ne pas être ouvert aux commentaires à la volée (Voice Over) et de ne pas savoir prélever des sons sur un CD audio. Cette dernière tâche requiert un utilitaire comme AudioGrabber, Windac ou Audio Catalyst… Et le commentaire, un logiciel audio comme Vegas de Sonic Foundry ou Quartz Audio de Canam Computers.

Exportation

Compiler ses films en totalité est inutile pour la RT2000 et la DV500. Rappelons une fois encore que les effets dits temps réel réclament un calcul spécifique de ces zones avant envoi par les prises DV. Les deux produits savent exporter depuis Premiere vers un périphérique DV en bout à bout ou en insertion au time code. L’export peut s’effectuer en DV ou en MPEG2 pour CD et DVD (IPB) dans les deux cas. Seule la Matrox offre un MPEG2 1-Frame pour la réalisation de cassettes. Si le film est compilé en IBP, un message Matrox rappelle que ce document n’est plus exploitable par Premiere. Matrox et Pinnacle proposent tous deux des options d’encodage pour affiner la qualité et le débit requis.

CD interactifs

Le développement intensif de l’informatique fait perdre du terrain à la cassette au profit du CD-Vidéo. En attendant le DVD interactif abordable, la réalisation de CD-Rom contenant de la vidéo est très à la mode. Sonic DVDit, version light pour Matrox, limite la création de l’interactivité à deux pages de menus avec boutons qui permettent de déclencher ses vidéos à la demande. Minerva est moins chiche, en ne limitant pas le nombre de pages. De plus, les pages de menus peuvent être créées sous Photoshop au format PSD reconnu par Minerva. Le logiciel adresse chaque calque de composition comme un bouton indépendant pour déclencher la vidéo. Les deux programmes sont simples à prendre en main et excluent les fonctions avancées comme le sous-titrage, version light oblige.

Conclusion

Système de montage au fort potentiel , la RT2000 réjouira le cercle des possesseurs de la bonne carte mère et du camescope compatible. Note un peu salée pour ceux qui comme moi n’ont pas tiré les bons numéros. Mais Matrox travaille pour que cette compatibilité, cruciale sur les camescopes, s’élargisse. Pinnacle a aussi sa liste de camescopes récalcitrants et de cartes mères recommandées. Cela dit, une nouvelle carte mère à simple processeur coûte entre 600 et 1000 F.

DV500 ou RT2000 ? Avec une différence de seulement 3000 F comme l’année dernière, j’aurais répondu RT2000, elle en offre globalement plus. Mais la Pinnacle est aujourd’hui presque à la moitié du prix de la Matrox, et les factures sont en rapport avec les technologies employées. Si la 2D et les titres fixes en temps réel vous suffisent, la DV500 est faite pour vous. Si les effets 3D temps réel vous interpellent ou bien le MPEG-2 en capture pour des montages plus légers, la RT2000 vous tend les bras. Matrox atteint bien ses premiers objectifs et va continuer à vitaminer un produit qui offre un nouveau rapport qualité-prix pour les créatifs.

Verdict

Quand tout est enfin réuni : PC totalement compatible et camescope DV non récalcitrant, la RT2000 offre beaucoup de possibilités créatives, MPEG2, DV et 2D/3D temps réel dans une suite logicielle convaincante à ce niveau de prix. L’annonce d’effets 3D en volumes (exemple : le cube),  via de nouvelles bibliothèques, réjouira les inventifs. A quand les filtres temps réel ?

Les Plus

  • Capture en DV et MPEG2 (non validé pour le Batch capture MPEG2 puis DV).
  • Effets 2D et 3D (annoncés avec volume 3D réel) plus couche graphique 32 bits animée.
  • La souplesse au montage dans Premiere, effets inclus.
  • Le boîtier externe pour la connectique.
  • Le MPEG2 pour des montages allégés (remasterisables en DV).
  • L’offre logicielle.
  • Le Secam en entrée.

Les Moins

  • Pas d’effets temps réel en DV (contrairement à une Canopus DVRex RT).
  • Effets 3D en surfaces planes uniquement (aujourd’hui).
  • Effets aux trajectoires non paramétrables.
  • Pas de correction colorimétrique en temps réel.
  • Compatibilité du PC et du camescope nécessitant une sérieuse validation.

Les Rivaux

La DV500, longuement évoquée dans cet article, reste le compétiteur en ouverture de prix marché. La Canopus DVRex RT sait traiter des effets types filtres et colorimétrie pointue en temps réel sur les sorties DV et analogiques (PC biprocesseur obligatoire et 32500 F TTC).

La future Fast DV.Time entend proposer effets 2D et analogiques pour 9700 F TTC. Et la 3D en temps réel analogique ou DV, via une carte fille au  prix non fixé. Enfin, pour le prix d’une RT2000, les allergiques à l’informatique Meccano pourront préférer le Casablanca Avio. Un gros « magnétoscope » autonome qui travaille en MPEG-2 avec quelques effets 2D temps réel. Le disque de 20 Go accueille jusqu’à 3 heures d’images qualité DV.

Caractéristiques Matrox RT2000

  • PC minimal : Pentium 11300 MHz, 128 Mo Ram, disque dur UltraDMA 7200 tr/mn ou SCSl-2 Windows 98, ou 2000 (en cours).
  • Processeur carte vidéo : C-Cube DVXpress.
  • Carte d’affichage : Matrox G400 3DFlex fournie.
  • Formats en entrée (par prise DV ou analogique composite et Y/C) :   DV, DVCam, DVCPro 25, Digital 8, et MPEG-2 1-FRame 10 25 Mbytes ou 3,125 Mo/s.
  • Formats en sortie ordinateur : DV-DVCam-DVCPro 25, Digital 8 et analogique Pal.
  • A l’export depuis Premiere pour CD et DVD : MPEG2 aux calculs accélérés mais non temps réel.
  • Standards : Pal, Secam et NTSC en entrée, Pal, NTSC en sortie.
  • Dérushage/capture : Par Adobe Premiere. Pas de gestion du 16:9 aujourd’hui, prévu dans un futur driver.
  • Taux de transfert : Deux flux de données DV (25 Mbits/seconde et par flux).
  • AVI (format vidéo sous Windows) : Standard 2 Go enchaînés en capture jusqu’à la limite du disque dur (mais en un seul fichier pour Premiere avec audio non entrelacé).
  • Audio 48 kHz 16 bits en DV. (Non réglable et sans VU-mètre par les entrées analogiques).
  • Effets temps réel vers prises analogiques (composite et Y /C) : Transitions 2D et 3D dont pages tournées (bibliothèque Transitions
    Matrox : et nouvelles sur Internet, réflexion sur eau, vagues, gaufrés, zoom). Couche graphique 32 bits 4:2:2 : 4 animées et effet sur image vidéo simultanément.
  • Effets en temps réel vers prise DV : Non.
  • Effets non temps réel : Accélération du traitement des calculs en multicouche avec application possible sur chacune des effets 2D/3D Matrox (via le tiroir Filtres de Premiere)
  • Eléments techniques fournis : Carte d’acquisition vidéo, carte graphique G400 3DFlex 32 Mo de Ram, boîtier de connectique externe et câble DV.
  • Logiciels fournis Premiere 5.1 RT et Photoshop LE (Adobe), Matrox Tools, Cool 3D (Ulead), Acid (Sanie Foundry), DVDlt (Sonic Solutions).
  • Garantie : 3 ans.
  • Prix indicatifs : 11500 F (1753 €).

CV 137