Sharp VL-DC1S

ViewCam Sharp VL-DC1Sharp et son célèbre Viewcam entrent dans l’univers du caméscope numérique. Le Sharp VL-DC1S reste des plus efficaces pour réussir ses cadrages, mais il ne possède pas de sortie DV.

Dominique Leroux – décembre 1996

Elle a ses inconditionnels et ses détracteurs, mais, la ligne Viewcam ne laisse personne indifférent. Le premier modèle DV de cette famille n’échappe pas à la règle. De fait, hormis sa qualité d’image supérieure, l’appareil reste très proche de ses prédécesseurs et notamment du haut de gamme Hi-8 de la marque, le VLH-420.

L’originalité des Viewcam, c’est bien sûr l’écran LCD associé à cette étonnante poignée objectif qui pivote sur 270°, favorisant les angles les plus originaux. On cite communément parmi eux, la possibilité de filmer les bras levés tout en contrôlant l’image. De fait, le panel de cadrages possibles s’enrichit : ras du sol, pour voir le monde comme le petit dernier, endroit stratégique difficile d’accès (le parc du même petit dernier), etc. Sans compter la facilité à effectuer des panoramique verticaux en basculant l’objectif.

Mais l’aspect le plus ludique reste peut-être la faculté de réaliser des autoportraits ou de filmer une personne située près de soi, face à l’écran. Cette fonction se révèle particulièrement payante en reportage ou pour des vidéogrammes de voyage lorsque l’on souhaite que s’établisse une relation de confiance, voire de réciprocité, avec les personnes dont on veut capturer l’image.

C’est une des facettes de la convivialité extrême de l’appareil. De plus, le vidéaste ne se désolidarise pas de l’assemblée en se retranchant derrière un viseur. Résultat, un entourage plus détendu. Le camescope, au lieu de jouer les trouble-fête, devient presque un convive à part entière. Enfin, rappelons qu’en « oubliant » le Viewcam sur un meuble et en rectifiant discrètement de temps en temps le cadrage, on obtient des scènes vivantes et spontanées.

Autre avantage indiscutable : l’amélioration de la composition d’image. C’est logique : bien des défauts insensibles à la prise de vues sautent aux yeux durant la relecture.

Or, l’écran comble le fossé entre tournage et visionnage. Un moyen de minimiser les erreurs, mais aussi de repérer les objets inesthétiques disséminés dans le champ.

Ergonomie originale…

Sharp VL-DC1S en mode selfies

En terme de confort de tournage, l’appareil possède d’authentiques avantages. Le VL-DC1S se tient en effet à deux mains et la dissociation viseur-écran permet de se caler tout en conservant une maîtrise du cadrage. On peut ainsi plaquer les coudes au corps et filmer en maintenant le camescope au niveau du thorax, ou encore s’asseoir et installer la  machine sur un genou…

Heureusement, car le stabilisateur numérique n’est pas à la hauteur des autres caractéristiques du Viewcam. Non seulement il zoome dans l’image, la recadrant légèrement de ce fait, mais il altère un peu son piqué. Très astucieux, en revanche : les fonctions zoom et marche/arrêt sont doublées. Cela évite, dans le cadre d’un autoportrait, par exemple, de devoir aller les chercher derrière la fameuse poignée/objectif ou d’employer la télécommande.

Ecran large

Vaste et confortable, il s’est amélioré par rapport aux précédentes moutures. Ainsi, on filmera ou visionnera plus facilement sur les côtés (gauche, droite, haut, bas). La définition quant à elle correspond à ce qui se fait de mieux actuellement en matière de camescopes grand-public. Cela dit, elle n’est pas pleinement satisfaisante pour le rendu des détails fins ou des sujets éloignés. Enfin, malgré le traitement anti-reflet, filmer en extérieur peut créer quelques soucis. Ne pas hésiter à utiliser le pare-soleil intelligemment fourni avec le VL-DC1S.

Effet coup de poing

Ce mono CCD associé à un zoom ×12 correspond à un 40-444 mm 24 × 36, conséquence : pas de grand angulaire, ce qui limite la variété des prises de vues que l’on peut effectuer dans un espace restreint. Intervient également un zoom numérique ×30. Notez que rien n’interdit d’inhiber ce dernier. Enfin, un zoom numérique rapide, nommé Extend Zoom multiplie la focale par 1,5, 2 et 2,5 quand le zoom optique est utilisé. On peut ainsi créer le fameux effet coup de poing (changement brusque de focale) pour renforcer la dramaturgie de certaines scènes. Dernière précision, lorsque l’on travaille au téléobjectif, la mise au point doit s’effectuer à au moins un mètre cinquante du sujet. Cela ne restreint en aucun cas l’accès au mode Macro, puisqu’au grand angulaire rien n’interdit de s’approcher à un centimètre, voire moins, en conservant une netteté parfaite.

Réglages, oui mais…

Réglages Sharp VL-DC1 SL’appareil propose de nombreuses pages de menus sur lesquelles s’affichent tous les réglages. Les options de chaque page apparaissent aux quatre coins de l’image. Le vidéaste valide alors les fonctions qui lui conviennent grâce à une couche directionnelle. Les choix entérinés passent en jaune tandis que les autres restent en bleu. Parmi les menus disponibles en mode Camera, le premier sert à mettre en œuvre le stabilisateur, le zoom étendu et le fondu. Il offre également, soit la compensation de contre-jour, soit, si le VL-DL1S trouve la lumière insuffisante, le gain. Le second gère la stroboscopie et l’Edit Search. Il faut aller jusqu’au troisième pour accéder à la mise au point d’une part et aux autres réglages manuels de l’autre. Ceux-ci se sélectionnent grâce à un sous-menu. Quant à la dernière page, elle permet d’afficher le time code, de régler la colorimétrie et la brillance de l’écran LCD, et d’effectuer des insertions. Un tel système, de prime abord séduisant, s’avère fort peu pratique à l’usage. S’il se conçoit pour les effets spéciaux ou les fonctions secondaires, il se révèle peu adapté à une utilisation efficace des réglages manuels.

Prenons un exemple. Avec un éclairage un peu limite et pour éviter un pompage de l’autofocus, je décide de faire moi-même la netteté. Quelques instants plus tard, je souhaite activer le stabilisateur. Pour cela, je change de page et donc d’affichage écran. Lorsque je filmerai désormais, je verrai bien la fonction DIS (stabilisateur) surlignée en jaune, mais rien n’indiquera nulle part que l’autofocus est désactivé. C’est un plan flou qui me le rappelle, je dois alors retourner à la… zut combientième page ? Pour de nouveau régler ma mise au point… Bref, à moins de développer au fil d’une utilisation intensive une stratégie limitant le risque d’erreurs, ce camescope s’adresse plutôt à ceux qui préfèrent filmer en se fiant aux automatismes.

Cette conclusion semble un peu étrange dans la mesure où les possibilités de réglages manuels sont très nombreuses. Ainsi, non seulement, l’iris s’ouvre et se ferme sur 13 paliers, mais on dispose de 5 vitesses d’obturation du 1/120 au 1/10 000 set la balance des blancs se révèle mémorisable.

Voir et entendre

Côté image, la qualité reste supérieure à celle du Hi-8. Cependant si la colorimétrie peut être très belle, les rouges très vifs restent circonscrits dans leurs contours dans les gros plans, mais le sont moins bien dans les plans larges. La définition horizontale se situe pour sa part autour de 450/560 points. Enfin, on peut constater de très fugitives, quoique rares stroboscopies, comme sur d’autres modèles numériques. A noter, un pompage de l’exposition lorsque l’on passe rapidement d’une surface sombre sur une plage très éclairée et, dans certains cas, un manque de détail dans les hautes lumières qui peuvent avoir tendance à saturer.

Prise micro Sharp VL-DC1 SCôté prise de son, la qualité est excellente puisque l’enregistrement est échantillonné sur 16 bits 48 kHz, à l’instar du DAT. En revanche, avec le micro incorporé on retrouve le même bruit de fond qu’avec les autres modèles DV. Pour bénéficier d’une qualité optimale il faudra investir dans un micro externe 4 volts. Aucun problème, une entrée est prévue pour cet accessoire.

L’impossibilité de choisir entre les modes audio 12 et 16 bits est regrettable, mais se justifie sur cet appareil. Rappelons que le mode 12 bits restitue une qualité sonore un peu inférieure mais autorise un doublage audio ultérieur en numérique si l’on passe par la prise DV. Or, dans la mesure où le VL-DC1S dispose exclusivement de sorties analogiques, ce mode 12 bits resterait inexploitable, à moins d’utiliser en lecture un matériel doté d’une prise DV. Dernière précision, rien n’interdit le doublage audio, même sur un magnétoscope numérique à partir des sorties analogiques.

Et le montage ?

L’enregistrement du time code, qualité native du DV, est de la fête. Mais, il doit s’associer, pour une précision exemplaire au montage, à une prise Lanc. Or, celle-ci ne figure pas davantage sur le VL-DC1S que sur les autres Viewcam.

Remarquez que le time code n’apparaît pas intégralement à l’écran en mode de lecture normale, mais cela ne signifie pas qu’il ne s’enregistre pas. Pour voir s’afficher les numéros de Frames, il faut passer par l’avance image par image (touche Strobe de la télécommande). On peut donc effectuer un dérushage précis à partir du camescope. Cela dit, pour ceux qui ne souhaitent pas investir dans des périphériques de montage et veulent juste nettoyer leurs rushes sans souci de précision trop important, ce camescope intègre une fonction Skip Play servant à sauter, à la copie, des scènes inutiles. Et ce, à l’aide de la télécommande.

Pour le reste, on dispose d’une pause parfaite, d’un ralenti au visionnage, plus une intéressante possibilité de retrouver jusqu’à 10 séquences indexées. Enfin, rien n’interdit de réaliser une insertion en désignant les points d’entrée et de sortie de la séquence à effacer afin que le nouvel enregistrement s’interrompe automatiquement au moment choisi.

Connectique incomplète

Connectique Sharp VL-DC1Premier constat pas de prise DV, impossible par conséquent de recopier sans perte. Cela dit, une telle connexion n’est utile qu’avec un magnétoscope DV. Or, ce type d’engin reste rare. Seul le DHR-1000 de Sony est commercialisé et il coûte la bagatelle de 26 000 F. Résultat, nombre de possesseurs de camescopes DV risquent de dupliquer un certain temps en analogique. D’autant que lorsque le signal transite par la sortie Y/C, le résultat reste excellent. Voilà un modèle qui s’adresse aux fondus de cadrages originaux, aux adeptes de tournages familiaux et aux commerciaux soucieux de s’appuyer sur une image vidéo, valorisée par le confort de l’écran. Il séduira moins les aficionados du « tout débrayable facile » et du montage sophistiqué.

Caractéristiques Sharp VL-DC1S

Caméra

  • Capteur : 1/4″
  • Objectif : Zoom ×12, 4,2-50,4mm (f/1,8).
  • Mise au point : Automatique et manuelle.
  • Balance des blancs : Automatique et mémorisable.
  • Exposition : Automatique, iris réglable sur 13 paliers. Compensation de contre-jour, Gain-Up.
  • Obturation : Auto et manuelle jusqu’au 1/10 000 s.
  • Ecran : LCD couleurs traités antireflet, 112 320 pixels, 10,1 cm de diagonale.

Magnétoscope

  • Standard : Pal.
  • Format : DV.
  • Audio : Micro stéréo. Numérique PCM 16 bits/48 kHz.
  • Connectique : Sorties Cinch et Ushiden. Prises casque et micro.
  • Autres fonctions : Time code SMPTE. Stabilisateur d’image numérique. Mode Photo. Stroboscopie. Fondu. Arrêt sur image, ralenti, image par image. Batterie Li-Ion.
  • Poids nu, dimensions : 690 g. 120 × 99 × 88 mm.
  • Prix indicatif : 15 000 F (2287 €)

Accessoires Sharp VL-DC1 SAccessoires

Parmi les auxiliaires fournis, l’adaptateur comportant la connectique du camescope, la télécommande servant notamment au montage, mais surtout le pare-soleil dont l’usage s’impose surtout en cas d ‘intense luminosité. Rétracté, il protège l’écran lors du transport, par exemple.

Les plus

  • Convivialité : La relation filmeur/filmé est plus agréable.
  • Ecran : Des possibilités de cadrage vraiment originales. Le contrôle favorisé, la composition d’image facilitée.
  • Relecture : Un haut-parleur est associé à l’écran pour un visionnage confortable de la cassette.

Les moins

  • Pas de prise DV : Uniquement des sorties Cinch et Ushiden.
  • Montage : Pas de prise Lanc, pas d’enregistrement possible en 12 bits pour un doublage son ultérieur en numérique, via un lecteur doté de prise DV.

Sony DCR PC7Rivaux

Dans la famille DV, le Sony PC7 est le seul autre modèle possédant un écran. Ce dernier est cependant moins confortable que celui du VL-DC1S, car beaucoup plus petit. En revanche, le Sony possède aussi un viseur. Notez pour finir que le PC7 comporte bien une sortie DV, mais il coûte 2000 F de plus que le Sharp.

Verdict

Génial pour les cadrages, la composition d’image et la convivialité, comme tous ses frères Viewcam. Principales limites, l’absence de prise DV, mais aussi de borne Lanc et l’accès malaisé aux fonctions manuelles.

CV 100